LA TERRE VERTE

À la fin du XVe siècle, un homme d’Eglise et un roi déchu débarquent au Groenland au sein d’une communauté désespérée. Une fresque nordique réussie.

Pourquoi les vikings ont-ils soudainement disparu du Groenland, après 500 ans d’une colonisation débutée vers 985 avec Erik le Rouge? Un refroidissement intense qui aurait rendu culture et élevage impossibles et un épuisement de la ressource en phoques victimes de la surpêche viendraient l’expliquer. C’est ce cadre – aux problématiques finalement environnementales très actuelles – qu’Alain Ayroles (« Les Indes fourbes ») et Hervé Tanquerelle (« Le Dernier Atlas », « Racontars arctiques ») ont choisi pour une ambitieuse épopée aux accents shakespeariens.
À la fin du XVe siècle, un navire anglais arrive au Groenland avec à son bord Dom Mathias, un émissaire du Saint-Père chargé de restaurer un évêché abandonné depuis un siècle, et Messire Richard, missionné pour le protéger. Pour ce mystérieux bossu boiteux au lourd passé, c’est d’abord la surprise et la déception de se retrouver sur cette terre inhospitalière pourtant surnommée « Terre verte », avant que la soif de vengeance et de pouvoir ne prenne le dessus. Car pour cet album de pas moins de 260 pages, construit en actes et en scènes, les auteurs ont imaginé que Richard III n’était pas mort lors de la bataille de Bosworth marquant la fin de la Guerre des Deux-Roses. C’est donc le portrait d’un souverain déchu, violent et manipulateur qui est brossé, montant en puissance à mesure que la folie mégalomane de l’homme se développe.
Bien mené, le récit est passionnant, largement soutenu par une atmosphère polaire sinistre et des cases texturées aux teintes de bleus glacés qui font ressentir l’immensité, le froid et la désolation de l’endroit. Une édition en noir et blanc a également été publiée.

Dessinateur: Hervé Tanquerelle – Scénariste: Alain Ayroles – Editeur: Delcourt – Prix: 34,95 euros.

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