KIDS
Imaginez si les bébés se réveillaient soudain dans leur corps d’adulte! Une excellente idée de départ pour ce récit court apocalyptique mais qui retombe comme un soufflé.
Quand Garth Ennis (« Preacher », « The Boys ») imagine une nuit cauchemardesque où les parents d’enfants de moins d’un an découvrent soudain avec horreur que leurs bébés ont disparu, remplacés par des adultes nus, colériques et ultra-violents, difficile de ne pas succomber à la curiosité.
Comme la plupart du temps dans les récits apocalyptiques – ici une véritable invasion de bébés tueurs -, la mécanique est simple : du chaos, du sang, des morts, et quelques survivants tentant de comprendre ce qui leur arrive tout en essayant de sauver leur peau. Ici, Ennis suit une famille témoin plongée dans cette nuit absurde et gore. Le problème, c’est que l’histoire ne dure que 43 pages et que sa résolution arrive beaucoup trop vite. Pour un récit court assumé, « The Kids » donne l’impression de survoler son sujet.
Derrière ce postulat délirant, la BD esquisse pourtant des pistes intéressantes. Ennis évoque la parentalité, la pression sociale et l’individualisme moderne. Mais ces idées restent à l’état d’ébauches avant d’être noyées sous une succession de scènes de catastrophe – parfois impressionnantes – dessinées d’un trait réaliste par Dalibor Talajic qui ne recule jamais devant l’outrance. Difficile en outre de s’attacher aux personnages, tous assez quelconques. Seule une voisine acariâtre, presque figure de sorcière moderne, apporte un peu d’étrangeté et de relief — avant de disparaître trop rapidement du récit.
Reste malgré tout une idée touchante derrière cette farce sanglante : les parents ont beau voir leurs enfants grandir trop vite à leur goût, ceux-ci restent toujours, au fond, leurs « bébés » et auront toujours besoin d’eux.
Dessinateur: Dalibor Talajic – Scénariste: Garth Ennis – Editeur: Delcourt – Prix: 10,50 euros.