KARMA
Deux huissiers impitoyables, une fillette victime de leur brutalité et un retour de karma d’une violence extrême pour les premiers. Un album 100% muet porté par une grande maîtrise graphique.
Et si la violence sociale appelait une violence plus terrible encore? Simon Bogojević Narath, déjà remarqué dans les pages de Métal Hurlant, signe avec « Karma » son premier album publié en France. Une œuvre radicale, entièrement muette – sans le moindre dialogue ni la plus petite onomatopée – qui fait le pari d’une narration exclusivement portée par le dessin.
Deux huissiers, une femme au visage fermé et un homme chauve et ventripotent, exécutent avec un zèle glaçant les ordres d’une grande banque. Ils expulsent un vieux couple et leur petite-fille d’un misérable logement en sous-sol. Avant de quitter les lieux, l’enfant semble leur jeter un sort… Quelque temps après, les huissiers sont enlevés par une étonnante communauté carnavalesque qui les retient prisonniers d’un monde parallèle démoniaque où le temps est comme suspendu, tandis qu’au fil des années, la fillette parvient à force de courage et de ténacité à devenir une brillante violoniste. Pour les deux séquestrés, le retour de karma imaginé par Narath ne connaît en revanche aucune limite (humiliations, tortures et violences sexuelles sophistiquées extrêmes…), réservant donc cette bande dessinée à un public adulte et averti.
A ce contenu éprouvant répond une vraie virtuosité graphique dans un noir et blanc tout en nuances de gris. Les expressions des visages, les postures des corps et le découpage suffisent à transmettre les émotions sans qu’un seul mot ne soit nécessaire, tandis que le trait précis de l’auteur croate compose des décors ultra foisonnants mais toujours lisibles où s’agglutinent une multitude de personnages grotesques toujours en mouvement. Une descente aux enfers profondément dérangeante mais marquante.
Dessin et scénario: Simon Bogojević Narath – Editeur: Les Humanoïdes associés – Prix: 19,95 euros.

