BILLY THE KID – L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs

Derrière le célèbre out-law, c’est la fabrication d’un coupable par une société où les puissants écrivent les règles qui est contée.

Qui était réellement Billy the Kid? Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse s’emparent de la vie de ce célèbre hors-la-loi de l’Ouest américain décédé à 22 ans et réputé avoir tué 22 personnes, avec l’envie de regarder derrière le mythe. Car le livre qui fit entrer le jeune homme dans la légende (« La véritable histoire de Billy the Kid », attribué au shérif Pat Garrett) repose déjà sur une construction largement romancée: seul le dernier chapitre aurai été écrit réellement par le shérif qui a tué le « Kid », les 19 premiers étant l’oeuvre d’un journaliste, un auteur de romans de gare en quête de sensationnel.
Plutôt que de prétendre révéler la «vérité», les auteurs assument donc leur propre interprétation: celle d’un gamin paumé, sans famille, qui intègre la bande d’un riche propriétaire du comté de Lincoln et se retrouve pris dans les rouages d’un capitalisme naissant. Un monde où les riches exploiteurs ont les moyens de faire respecter leurs propres règles, tandis que les autres apprennent à les subir. Jusqu’à ce que Billy, trahi par ceux qui l’ont formé, finisse par choisir sa propre voie et devienne le hors-la-loi que la légende retiendra.
Sur un ton humoristique emprunté à la comédie burlesque, l’album démonte ainsi le classique western viriliste et ses cow-boys héroïques, soutenu par le trait souple et volontiers caricatural du dessinateur qui a passé trois semaines au Nouveau-Mexique pour nourrir ses décors. La pagination est conséquente (232 pages), les personnages très nombreux et on se perd un peu parfois dans le fil d’une histoire qui s’attarde plus sur les hommes et les rapports de force que sur les traditionnels morceaux de bravoure mais cette vision d’un Far-west moins mythique que social est originale et plutôt bien vue.

Dessinateur: Loïc Sécheresse – Scénariste: Alexandre Chenet – Editeur: Casterman – Prix: 28 euros.

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