MINIGATARI

Une jeune Mexicaine transforme son voyage au Japon en joyeux laboratoire linguistique. Une idée intéressante mais un récit un peu déséquilibré.

Daniela Martin del Campo nourrit depuis longtemps une double passion pour le langage et le Japon. En véritable « otaku », la jeune autrice mexicaine, découverte aux Rencontres jeunes talents du Festival d’Angoulême 2023, profite d’un voyage en immersion au pays du Soleil-Levant pour explorer la culture japonaise, ses spécialités culinaires, ses traditions, mais aussi le sens caché des mots.
Le titre de ce roman graphique résume à lui seul le projet: « Minigatari » est un mot-valise forgé à partir du mot «monogatari» qui signifie «conte» ou «récit», auquel vient se greffer le préfixe «mini». Le principe est donc celui d’une série de chapitres fonctionnant comme autant de petits récits consacrés chacun à un mot, un kanji ou une expression, qui permettent de comprendre les Japonais, leur quotidien et leur façon d’appréhender le monde.
L’idée est intéressante. Quiproquos, jeux de langage et petites épiphanies rythment ainsi un récit généreux qui prend souvent des allures de visite guidée. On partage volontiers l’enthousiasme de Daniela et ses maladresses de « gaijin » à travers un dessin dense, coloré, mixant pop japonaise et imagerie latino-américaine.
Mais derrière le sympathique catalogue touristique apparaît progressivement un récit beaucoup plus intime, consacré aux angoisses de Daniela. Cette anxiété, d’abord discrète, prend bientôt toute la place, jusqu’à faire surgir un versant de Daniela franchement sombre, voire suicidaire. Cela finit par brouiller le message et déséquilibre un album dont la force résidait précisément dans sa légèreté.

Dessin et scénario : Daniela Martin del Campo – Editeur : Casterman – Prix : 25,95 euros.

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