Jocelyn Joret: «Animer cette petite shérif grincheuse m’amuse beaucoup»


Jocelyn Joret s’amuse autant qu’il dessine. Avec «Chapatanka», le dessinateur retrouve l’univers décalé de B-gnet, entre fantômes en tout genre et clins d’œil à la pop culture.

Qu’est-ce qui vous a immédiatement séduit dans «Chapatanka»?
Jocelyn Joret. Grand lecteur des BD de B-gnet depuis très longtemps, j’ai été séduit au moment même où il me l’a proposé. Il aurait pu me proposer n’importe quoi, j’aurai été séduit, mais là, en plus, ce n’était pas n’importe quoi, c’était « Chapatanka » ! Je suis très fan de ces ambiances du Midwest américain et devoir animer cette petite shérif grincheuse et tous ces seconds rôles m’amusait beaucoup.

Lorsque l’on vous propose un nouvel album, des images surgissent-elles spontanément?
J.J. Les images surgissent d’elles-même car B-gnet me présente d’abord les histoires sous forme de storyboard. En plus, il me fournit une tonne de documentation, du coup c’est très facile pour moi !J’étoffe un peu, je tourne autour, j’étends, je réduis, j’explose, j’ajuste sa mise en page, mais souvent tout est déjà là.

Certains passages m’ont fait penser à « Bill Baroud » de Manu Larcenet…
J.J. C’est une grande influence, bien que je n’ai pas relu « Bill Baroud » depuis un paquet d’années. C’est LA série du Fluide Glacial de mon adolescence que je me suis pris en pleine face au lycée. D’un ordre plus général, mes influences sont très larges. J’ai toujours du mal à répondre à cette question, soit je fais une liste longue comme le bras d’artistes incroyables, soit je dis que mes influences sont très larges (sourire).

Dans ce deuxième tome, la présence récurrente des fantômes crée un véritable fil conducteur. Est-ce important pour vous d’avoir ce type de motif visuel récurrent?
J.J. C’est une contrainte du format pour Fluide Glacial, à la fois avoir des petites histoires indépendantes qui se tiennent à elles seules pour le lecteur occasionnel du magazine, mais aussi un fil conducteur pour l’album. C’est un sacré challenge que réussi à merveille B-gnet, car c’est hyper dur.

Cela influence-t-il votre manière de composer les planches?
J.J. En ce qui concerne les fantômes la contrainte était assez forte, il m’a fallu tenir mes choix du départ sur toutes les histoires suivantes, notamment sur la teinte et la forme de bulles de ces derniers qui devenaient problématiques sur des grands pavés de voix off.

Votre dessin est particulièrement dynamique, avec beaucoup de mouvement et d’expressivité. Est-ce, selon vous, une clé essentielle dans la bande dessinée d’humour?
J.J. Oui et non, il y a tout un courant de BD d’humour avec des personnages très réalistes et froids qui fonctionne très bien sur le décalage comme Reuzé ou Fabcaro. D’ailleurs, je pense même que B-gnet voulait un dessin plus réaliste au début pour avoir un vrai décalage. Au final, il doit faire avec mon dessin bondissant (rires).

Comme dans le premier volume, les clins d’œil à la pop culture sont nombreux, de « Un jour sans fin » à « Retour vers le futur » ou « Christine ». Prenez-vous un plaisir particulier à parodier ces références? Comment les intégrez-vous sans alourdir le récit?
J.J. Oh oui, c’est un vrai plaisir. L’idée n’étant pas d’en faire un système, on n’est pas vraiment dans un épisode = un film. C’est ce qui me plaît aussi, si B-gnet a une histoire de « Chapatanka » à raconter sans aucune référence, il a largement le champ pour et ça sera bienvenu de mon côté sans aucun souci.

Si vous aviez carte blanche, quelle œuvre ou quelle icône de la pop culture aimeriez-vous voir B-Gnet détourner dans un prochain tome?
J.J. « Blade Runner », « Mad Max », « La soupe aux choux ». Non, pas « La soupe au choux » (rires).

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

«Chapatanka, – Tome 2» par Jocelyn Joret et B-gnet. Fluide Glacial. 15,90 euros.



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