Patrice Perna: «L’histoire de Mussolini vient percuter la mienne»
Avec «Mussolini», Patrice Perna s’empare des derniers jours du dictateur italien pour construire un véritable thriller historique. Entre cavale, résistants, secrets d’État et zones d’ombre encore méconnues, le scénariste mêle la grande Histoire à son histoire familiale dans un récit aussi haletant que passionnant.

Qu’est-ce qui vous intéressait particulièrement dans la personnalité de Mussolini et dans son parcours?
Patrice Perna. Mussolini c’est « l’inventeur » du fascisme. Il a inspiré Hitler notamment. On peut dire qu’il est l’un des premiers, dans l’ère moderne, à cultiver ce culte de la personnalité. Il s’est mis en scène, physiquement, intellectuellement. Il serait assez facile de dire qu’aujourd’hui encore, de nombreux leaders politiques s’en inspirent dans leur discours, comme dans leur posture…
En tant qu’enfant d’immigrés italiens ayant fui le fascisme, son histoire vient percuter la mienne. Il était temps, après toutes ces années à faire de la BD « divertissante », que je m’attaque enfin à un sujet qui me touche de près.
En France, Mussolini reste sans doute moins connu qu’Hitler ou Churchill. Cette relative méconnaissance a-t-elle aussi nourri votre envie de lui consacrer ce récit?
P.P. Honnêtement, je ne me préoccupe pas de ça lorsque je décide de traiter d’un sujet. Ce n’est pas mon travail de savoir si tel ou tel sujet est porteur ou dans l’air du temps. Je vois bien qu’aujourd’hui, c’est souvent une priorité, notamment pour les éditeurs, mais pour ma part, tout ce qui compte, c’est d’être touché par un sujet.
Ce jeune partisan est inspiré de l’un de mes oncles: Folco. Un personnage qui m’a toujours impressionné enfant. Un taiseux, un ombrageux, un personnage de roman. »

Vous avez choisi de croiser les derniers jours de Mussolini avec le parcours d’un jeune partisan antifasciste. Pourquoi souhaitiez-vous confronter ces deux trajectoires?
P.P. Simplement parce que c’est la réalité, du moins, en partie. Ce jeune partisan est inspiré de l’un de mes oncles: Folco. Un personnage qui m’a toujours impressionné enfant. Un taiseux, un ombrageux, un personnage de roman. Il avait dans le regard ce petit voile que portent tous ceux qui ont traversé des épreuves et que la vie n’a pas épargnés. Jamais il ne m’a raconté son histoire. Ce sont juste des bribes de conversation que j’ai enregistrées enfant. Je ne sais pas pourquoi cela me touchait déjà à l’époque. En grandissant, la légende de ce tonton Folco a grandi en moi, au point qu’au crépuscule de ma « carrière » d’auteur, j’ai eu envie de la partager.
La fuite de Mussolini est particulièrement mouvementée et possède tous les ingrédients d’un film d’action. Est-ce aussi ce potentiel romanesque qui vous a séduit?
P.P. Évidemment, lorsqu’on écrit, on cherche avant tout à embarquer le lecteur. D’autant plus, à mon avis, lorsqu’on traite d’un sujet difficile et que l’on n’est pas un spécialiste. Je ne suis pas historien. Je n’ai pas un parcours universitaire qui peut me donner une quelconque légitimité à traiter l’Histoire en donneur de leçons. Et je tiens à dire que je ne suis pas le seul à avoir choisi cet angle. Un livre porte même ce titre et a été adapté au cinéma en 1974 : « Mussolini : Ultimo atto » réalisé par Carlo Lizzani.

Vous évoquez également l’existence de lettres compromettantes que Churchill aurait adressées à Mussolini. Sans trop dévoiler le second tome, quelle importance cet élément va-t-il prendre dans votre récit?
P.P. Je cherche toujours la petite histoire dans la grande avant d’attaquer un sujet. En l’occurrence, cette anecdote figure notamment dans un des livres de référence, « Les derniers jours de Mussolini » de Pierre Milza, qui m’ont servi de béquille pour ne pas commettre trop d’approximations historiques. C’est une hypothèse qui n’a jamais été prouvée puisqu’on n’a aucune trace de ces fameuses lettres. Pour moi, c’est le point de départ idéal d’un thriller historique intéressant.
Le dessin de Malo Kerfriden semble particulièrement à l’aise dans ce type de fresque historique, aussi bien dans les scènes intimes que dans les séquences plus spectaculaires…
P.P. J’aime beaucoup le travail de Malo. C’est un véritable auteur de BD qui a compris qu’il fallait toujours se mettre au service d’une histoire et oublier son ego. Qu’on écrive ou que l’on dessine, ce qui compte avant tout, c’est l’histoire que l’on choisit de raconter. Nous ne sommes pas des stars. Personne ne nous reconnaît ni ne s’ébahit devant notre travail. Malo a cette humilité des artisans et ce style simple et efficace qui met en avant le scénario et les personnages qu’il travaille. Il parvient à donner toujours une expression assez juste des émotions, qui colle au scénario tel que je le conçois.
Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)
« Mussolini, tome 1. Avanti popolo » par Pat Perna et Malo Kerfriden. Glénat. 15,50 euros.

