Nicolas Jarry: «Une BD un peu déjantée dans un New York fantasmé»
Avec «Food Truck War», Nicolas Jarry signe un polar bien barré, entre gangs, food trucks et justice expéditive. Le scénariste revient sur la naissance de cet univers explosif et sur sa collaboration avec le dessinateur Edoardo Audino. Violence, humour et rebondissements sont au menu de ce délicieux retour dans les années 80.
Food Truck War se déroule dans le New York des années 1980, où les mafias et les gangs règnent sur les nuits new-yorkaises. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce cadre urbain et cette ambiance spécifique? Nicolas Jarry. Ce New York est un fantasme (et pas seulement le mien), à la fois d’une ville-monde (thème récurrent dans la SF), mais aussi d’une époque à jamais perdue où liberté, violence, corruption et insouciance se côtoyaient étroitement, jusqu’à parfois être indissociables. Il y a un film qui m’a marqué quand j’étais gamin, « The Warriors », et je savais qu’un jour ou l’autre j’écrirais un album qui aurait cette saveur délirante.
Mon envie (ou non) d’écrire une scène, un dialogue, est mon seul véritable instrument pour équilibrer la narration. »
Les « Fry Sherifs » sont des personnages haut en couleur qui sillonnent leur quartier à bord de leur food truck pour rendre la justice. Comment avez-vous eu cette idée totalement déjantée? N.J. Il y a une séquence dans « Brooklyn Nine-Nine », avec Boyle en tant que propriétaire d’un food truck, qui, en télescopant cette envie de revenir dans le New York des années 80, a donné naissance à « Food Truck War ».
«Food Truck War» mêle action, suspense et humour. Comment avez-vous équilibré ces différents éléments pour créer une narration captivante? N.J. Avant de me mettre à écrire une histoire, une fois que j’ai le sujet global, je cherche le ton juste. Je joue (en imagination) avec les personnages, je crée des scènes, je me demande comment ils réagiraient dans telle ou telle situation, ce que j’ai envie de raconter en surface et en profondeur,… C’est bordélique, mais petit à petit, ça prend forme. Quand ça devient relativement réel et évident, je développe un séquençage assez précis sans trop me poser de questions. Je ne cherche pas à cadrer mon travail, j’avance au feeling. Si je me fais plaisir à écrire une scène, c’est qu’elle est sans doute à la bonne place. Si je bloque, c’est que la structure ne fonctionne pas et je cherche une autre solution… Mon envie (ou non) d’écrire une scène, un dialogue, est mon seul véritable instrument pour équilibrer la narration.
Edoardo Audino a incarné de simples mots en des types désillusionnés, avec la hargne accrochée aux pare-chocs. »
Qu’est-ce qui vous a séduit dans le style du dessinateur Edoardo Audino pour ce projet en particulier? N.J. Sur le coup, c’est Jean-Luc Istin qui a fait les entremetteurs. De mon côté, j’ai tout de suite compris (quand j’ai vu les premières pages) qu’il était dans le même délire que moi. Il avait compris qu’on allait faire une BD un peu déjantée et qu’il fallait se faire plaisir. C’était le principal. Sans compter que son style comics un peu trash s’accordait parfaitement à l’ambiance.
Qu’est-ce qu’il a apporté dans la représentation des « Fry Sherifs » et du New York des années 80? N.J. Au début, Jean-Luc l’a un peu orienté graphiquement, ensuite, on lui a laissé les rênes. Edoardo leur a donné une âme ! Il a incarné de simples mots en des types désillusionnés, avec la hargne accrochée aux pare-chocs.
Est-ce que cet album vous donne envie de prolonger l’univers de « Food Truck War » avec d’autres histoires? N.J. Totalement… Mais ça, ça ne dépend plus de moi (sourire).
Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne (sur Twitter)
«Food Truck War» par Nicolas Jarry et Edoardo Audino. Oxymore. 24,95 euros.