Erik Tartrais: «Révéler l’absurde de certaines situations dans l’entreprise»


Avec « Bienvenue chez Smitch », Erik Tartrais puise dans ses propres expériences professionnelles pour offrir une satire mordante et décalée du monde de l’entreprise. Entre managers déconnectés, jargon absurde et ambitions internationales, il porte un regard hilarant et lucide sur les absurdités du travail moderne.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire une bande dessinée sur le monde de l’entreprise?
Erik Tartrais. Je travaille et dessine pour pas mal de boîtes, alors l’entreprise, je connais bien. Par contre, la BD, c’était vague. Mais je suis lecteur de Fluide, alors quand Clément Argouarc’h, le rédac chef m’a contacté, je me suis tout de suite dit : ‘Putain, je vais faire une BD !’ Je ne sais pas s’ils avaient pensé à moi pour ça, mais je suis venu deux jours plus tard avec quelques cases et le pitch. Ils n’ont même pas eu le temps de se demander si ça pouvait marcher que je leur envoyais 5 ou 6 planches. En fait, fallait que j’essaie et ça a été un kif incroyable. La vraie question, c’est pourquoi je n’ai pas fait ça plus tôt !

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Est-ce que vous vous êtes inspiré de vos expériences professionnelles pour écrire « Bienvenue chez Smitch »?
E.T. C’est carrément de l’autobiographie. Tout est du vécu. Je vous jure que j’invente rien ! Peut-être que je caricature un peu, ou que je réinterprète un peu les faits. Juste un pas de côté, quoi. Faut pas pousser le bouchon très loin pour révéler l’absurde de certaines situations dans l’entreprise d’aujourd’hui. Parait que les nouveaux salariés veulent un sens à leur job. Voici une BD qui va donner le sens de l’humour au boulot, c’est déjà pas mal. Si ça se trouve, j’ai fait un bouquin de développement de compétences.

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Votre patron, Laurent Lambertin, n’est pas véritablement antipathique et semble surtout totalement déconnecté. Comment avez-vous créé ce personnage?
E.T. Lambertin, c’est un peu moi, et un peu tous les managers que je connais. Réellement enthousiastes et croyant dans toutes les innovations et les promesses de lendemains qui chantent : Startup Nation, consulting, processing, meeting, networking. Si c’est en anglais, c’est une preuve de la performance, amazing ! Apparemment, Lambertin est comme la plupart d’entre nous, un grand naïf, donc un peu con.

Certaines planches comparent l’entreprise à une jungle, où l’on croise des antilopes, des éléphants et des hyènes. Vous n’avez pas été tenté par une histoire anthropomorphique?
E.T. Je n’ai pas voulu me cantonner à un code précis pour raconter mes histoires. Je veux me laisser le choix d’utiliser tout ce qui me passe par la tête pour faire un gag. Du documentaire animalier, du film d’entreprise, du cinéma… Tout est bon pour s’amuser, et je ne me priverai pas de réutiliser des animaux, ou de faire dialoguer des agrafeuses avec des trombones. Woaah, c’est une bonne idée, ça, faut que je la fasse !

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Vous réalisez aussi des dessins de presse, notamment pour le magazine Le Point. La bande dessinée est un exercice très différent?
E.T. La grosse différence, c’est le temps. En dessin de presse, le temps de réalisation est super court. La rédaction t’appelle au bouclage et t’as quelques heures pour faire les illustrations. Ensuite, le temps de la narration, on ne peut pas faire plus court que le dessin de presse : intro, développement, conclusion : c’est un seul et unique crobard. En BD, t’as le temps de raconter une histoire, de suivre des personnages. Le temps de réalisation est aussi plus long, t’as moins le droit de faire un truc passable. Enfin, j’espère que je n’ai pas fait un truc passable. Ok, si vous trouvez ça moyen, vous ne me le dites pas !

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

«Bienvenue chez Smitch» par Erik Tartrais. Fluide Glacial. 13,90 euros.

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