Diego Aranega: « Victor est l’incarnation ultime du loser »
Du haut de ses 1,54m, avec sa calvitie, ses oreilles décollées et ses dents de rongeur, il a débarqué dans la collection Poisson pilote de Dargaud. Victor Lalouz, le nouveau héros du papa de Focu, prépare son come-back. Egal à lui même.
En bouclage du tome 2 de « Victor Lalouz » qui paraîtra en janvier prochain dans la collection Poisson pilote de Dargaud, Diego Aranega, le père de « Focu » (Paquet), a tout de même pris le temps de répondre à quelques questions.
Quels sont vos points communs avec Victor Lalouz ?
Quand j’ai créé Victor Lalouz, je tenais à ce que ce antihéros soit l’incarnation ultime du loser, mais surtout je voulais qu’il n’en soit pas conscient.
Sur le plan intellectuel aussi Victor a 2-3 carences: non seulement il a une culture générale très light, mais il ne comprend pas le sens figuré des choses et n’a pas conscience de l’existence du second degré.
Quant aux traumatismes affectifs, Victor en est aussi chargé que le toit d’une 504 en partance pour le Maroc : sa mère, aussi omniprésente que castratrice, est radicalement opposée à son émancipation, ce qui se traduit pour Victor par de régulières visites chez son psy.
En résumé Victor représente l’antithèse de ce que devrait être le profil de celui qui se prédestine aux objectifs qu’il vise, pourtant grâce à une ambition et une détermination hors norme il va y arriver, et c’est ça qui est beau !
Pour en revenir à la question initiale, la détermination serait le point commun que je partage avec Victor ! (avec peut-être un peu la fascination pour les femmes et un début de calvitie).
Pour se faire embaucher à Smak FM, Victor Lalouz s’est fait passer pour le fils caché de Michel Drucker. Et vous pour entrer dans le monde de la BD ?
J’y suis entré sans calcul ni préméditation.
De nombreux gags exploitent le vocabulaire très limité de Victor Lalouz. D’où vous est venue cette idée ?
Je n’ai pas de discours sociétal sur mon travail, en règle générale j’aime simplement juxtaposer des contraires pour créer de la réaction et faire marrer. Victor à la base n’a rien pour lui, aucun talent, pas de sens de l’analyse ni de la distanciation, alors salaud comme je suis j’en ai profité pour l’immerger dans un univers dans lequel il n’aurait jamais eu la chance de pénétrer. En faisant rentrer Victor dans un média, l’idée était plutôt de voir comment un type complètement inadapté pourrait s’en sortir, c’est le concept de l’éléphant dans le magasin de porcelaine, sauf que dans mon histoire le magasin triple son chiffre d’affaires après le passage de l’éléphant ! Au final, Victor réussit, mais pas pour les raisons qu’il pense être celles qui l’ont fait réussir…
Comment va évoluer la série ?
Victor progresse de plus en plus dans son analyse, et il devient indispensable à la radio, il est plébiscité par les auditeurs et va avoir sa propre émission, le tome 2 est déjà dessiné. L’album sortira pour Angoulême, en janvier 2007.
Tous les mois de janvier il y aura un nouveau Victor Lalouz, j’ai calculé que dans 20 ans, il y aura 20 tomes (me demandez pas comment j’ai fait pour le savoir, c’est des méthodes de calcul très très complexes).
La rencontre avec les lecteurs est toujours un réel plaisir, je crois qu’avec le Nutella c’est ce que je préfère dans la vie.
Où puisez-vous l’inspiration pour vos gags ?
Avec un héros au profil taillé comme Victor Lalouz l’inspiration vient toute seule !Il suffit que je l’imagine dans n’importe quelle situation de la vie quotidienne pour qu’instantanément je lui trouve une nouvelle faille et donc un nouveau gag.
Plus sérieusement, l’écriture de strips demande beaucoup de rigueur, c’est une mécanique qui ne supporte pas « l’à peu près », soit on est drôle ou soit on ne l’est pas, si on ne l’est pas on recommence, on dévisse un peu par çi, on huile par là, on coupe on taille on laisse refroidir, bref, l’écriture est la partie la plus ardue du travail puisque tout repose dessus, c’est la colonne vertébrale du livre. Quand le scénario est écrit le plus dur est fait ! Mais croyez-moi (message aux jeunes): la vie du dessinateur de BD tient plus de celle du moine que celle du jet-setteur !
Qu’est-ce qui vous fait rire ?
Les petits trucs qui agrémentent le quotidien, exemple :
« En route pour la gloire », le titre du tome 1, et « Idole des jeunes », celui du prochain, cela résume également votre carrière ?
Je n’aime pas le mot « carrière » parce qu’il transpire un truc un peu puant, ça me fait penser à « carriérisme » ou »plan de carrière ». Bref, disons que dans mon cas je ne fais pas les choses pour atteindre un objectif ultime, je n’aspire pas à une grande « carrière », j’ai un métier qui me permet d’avoir une grande qualité de vie, et c’est ce que je privilégie par-dessus tout, la qualité du trajet plutôt que le prestige de la destination finale !
Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
© photo Rita Scaglia – Dargaud