LILI TOUJOURS DEBOUT JUSQU’AU BOUT!

À travers le témoignage de Lili Keller-Rosenberg, enfant survivante des camps nazis, Boris Golzio signe un roman graphique bouleversant mais nécessaire.

« Lili toujours debout jusqu’au bout! » est un choc, sans doute l’un des albums les plus puissants consacrés à la Shoah ces dernières années. Il retrace le destin de Lili Keller-Rosenberg et de sa famille, arrêtés à Roubaix en octobre 1943. Française née en France mais issue d’une famille juive hongroise, Lili n’a alors que onze ans. Avec ses frères Robert et André et leurs parents, elle est envoyée vers les camps. Le père est déporté à Buchenwald, où il sera assassiné. La mère et les enfants sont envoyés à Ravensbrück, puis Bergen-Belsen, un mouroir à ciel ouvert : les travaux forcés, la faim, les maladies, les humiliations quotidiennes, les sévices et l’omniprésence de la mort. Aucun mot ne semble suffisant pour dire l’horreur de ce qu’ils ont traversé.
C’est là toute la force du travail de Boris Golzio. L’album qui impressionne par son exigence documentaire ne cherche jamais à dramatiser les événements. Nul besoin : l’horreur s’impose d’elle-même, à travers la précision des faits et l’extrême brutalité des situations. La colorisation essentiellement monochrome épouse la noirceur du sujet, le trait sobre donne à voir les regards vides, les corps épuisés, les silhouettes fantomatiques… Le récit rappelle aussi que la Libération ne marque pas la fin du cauchemar. Lili, Robert et André reviennent en France brisés, mutiques, absents au monde. Leur reconstruction sera longue, fragile et incomplète.
Aujourd’hui âgée de 93 ans, Lili Keller-Rosenberg poursuit inlassablement son travail de mémoire. Longtemps silencieuse, convaincue que l’innommable ne pouvait être compris par ceux qui ne l’avaient pas vécu, elle commence à témoigner dans les années 1980 après avoir entendu des propos négationnistes. Depuis, comme d’autres survivants, elle rencontre des milliers de lycéens pour transmettre son histoire et combattre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de haine. Cette nécessité de transmettre irrigue chaque page du livre.
On pourra toutefois émettre une légère réserve sur la dernière partie de l’ouvrage, lorsque Boris Golzio va au delà du strict témoignage de Lili – « je n’avais que 11 ans et je n’ai pas pu tout voir », rappelle-t-elle – pour détailler davantage le fonctionnement du système concentrationnaire, les expérimentations nazies ou certains aspects politiques. Une volonté d’exhaustivité qui alourdit parfois un récit déjà suffisamment puissant à travers le seul regard d’une enfant confrontée à l’indicible.
Reste l’essentiel : « Lili toujours debout jusqu’au bout! » est une œuvre nécessaire, qui remue durablement. Jusqu’aux larmes.

Dessinateur: Boris Golzio – Scénaristes: Lili Keller-Rosenberg et Boris Golzio – Editeur: Glénat – Prix: 25 euros.

Share