LE FILS DE L’OGRE
Un noble huguenot déchu au grand coeur tente de sauver le fils d’un cruel baron qui veut à tout prix le récupérer. Un thriller historique efficace.
Cévennes, 1743. Guillaume-Paulin Valdéran de Langres, chevalier déchu reconverti en bandit de grand chemin, repêche un bébé dans une rivière. Ce Robin des Bois qui dépouille les riches catholiques au profit des huguenots ignore encore que l’enfant est le fils du baron de Lazes, surnommé l’Ogre. Prêt à tout pour assurer sa descendance, ce dernier lance une traque impitoyable pour récupérer son héritier.
Le scénario est classique, mais Stalner en maîtrise parfaitement les ressorts. Poursuites, combats à mort et rebondissements s’enchaînent avec fluidité, entrecoupés de respirations tendres autour de l’affable bébé. En cent pages, l’auteur de « La Croix de Cazenac » et de « Fils de bourge » orchestre un récit à la croisée de la cape et de l’épée, du thriller historique et du conte noir. Il installe un XVIIIe siècle romanesque et crédible, sur fond de persécutions protestantes qui éclairent les rapports de force entre le héros et l’Ogre dont les outrances frisent parfois la caricature. Stalner nuance toutefois légèrement le portrait en suggérant l’emprise toxique d’une mère mal-aimante et autoritaire.
Plus généralement, son trait fin et semi-réaliste anime une galerie de personnages expressifs tandis que les paysages riants, la vie villageoise et les demeures bourgeoises lugubres composent un décor immersif. La conclusion laisse le lecteur sur sa faim même si le château de l’Ogre abrite encore des secrets et que les dernières pages ressemblent davantage à une porte entrouverte qu’à un véritable dénouement. Une réserve qui n’entame pas le plaisir de lecture: « Le Fils de l’ogre » est un récit d’aventures entraînant et convaincant.
Dessin et scénario: Eric Stalner – Editeur: Grand Angle – Prix: 19,90 euros.