LE DIMANCHE PERDU

Epuisée par des semaines sans dimanche, une jeune fille décide d’aller libérer le dimanche prisonnier d’une sorcière. Un joli conte jeunesse à la morale très moderne.

Et si le dimanche disparaissait ? Dans « Le Dimanche perdu », Ileana Surducan imagine un monde où le repos n’existe plus. Pour Nina, chaque jour de la semaine est accaparé par une tâche : jardinage, bricolage, cuisine, science ou encore travaux de réparation s’enchaînent sans jamais laisser place au répit. Et lorsque le samedi s’achève, le cycle recommence inlassablement. Épuisée par cette mécanique infernale, la jeune héroïne décide de briser l’ordre établi et de descendre au fond d’un puits pour libérer le dimanche, retenu prisonnier par une mystérieuse sorcière.
À mi-chemin entre la bande dessinée et le récit illustré, l’autrice roumaine adapte librement le conte « La fille du bon vieil homme » de son compatriote Petre Ispirescu (1872) pour en faire une fable contemporaine à plusieurs niveaux de lecture, accessibles autant aux jeunes lecteurs qu’aux adultes.
Pour atteindre son but, Nina va devoir affronter les incarnations des jours de la semaine, matérialisés sous la forme de loups menaçants. Ces créatures héritées des contes traditionnels, à la fois familières et inquiétantes, représentent les tracas quotidiens qui dévorent notre énergie : tâches répétitives, imprévus, obligations. Il ne s’agit pas de les combattre, mais de les comprendre et de les apprivoiser. La récompense, elle aussi, s’éloigne des schémas traditionnels : ici pas de trésor ni de prince charmant avec la promesse de famille nombreuse mais un simple dimanche sans fin, tel un espace de repos, de liberté et de silence.
Le travail à l’aquarelle d’Iléana Surducan confère aux planches une atmosphère délicate, presque onirique. Les couleurs froides dominent les premières pages, traduisant la fatigue et la contrainte, avant de laisser place à une palette chromatique plus chaleureuse au fil de cette aventure simple en apparence mais qui brasse des thèmes toujours plus d’actualité : le burn-out, la pression du quotidien et cette obsession de vouloir trop en faire au point d’en oublier de vivre.
En fin d’album, un dossier revient sur le processus créatif de l’autrice, détaillant notamment l’origine symbolique des loups, liés à des croyances et proverbes populaires roumains. Une manière de prolonger la lecture de cette fable sensible et inspirée.

Dessin et scénario: Iléana Surducan – Editeur: Bamboo, collection Les Aventuriers d’ailleurs – Prix: 14,90 euros.

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