LA NOUVELLE ARCADIE
Prométhée Foiemangé doit convaincre les propriétaires d’un terrain en bord de mer de le céder pour la construction d’un complexe hôtelier. Une comédie pas totalement aboutie mêlant critique sociale et mythologie.
Au départ de « La nouvelle Arcadie » il y a un souvenir d’enfance qui se heurte brutalement à la réalité du tourisme de masse: des immeubles disgracieux ayant envahi les paysages idylliques du village de vacances où Juanjo Rodriguez a passé son enfance. Il y a aussi cette côte méditerranéenne présentée comme le berceau de la civilisation européenne. Que penseraient les dieux de l’Olympe de ce qu’est devenue leur « zone d’influence »?
Nous sommes à la fin des années 60. Prométhée Foiemangé, jeune employé de la multinationale Totan Universal Entreprises, est envoyé dans le petit village de Chagrin-sur-Mer pour acheter des terrains de bord de mer afin d’y implanter un immense complexe touristique. La promesse d’une belle manne financière suffit à convaincre la plupart des villageois. Mais pour l’excentrique famille Nomdedieu, cela s’annonce plus compliqué…
Parviendra-t-il à racheter leurs terres ? C’est un des nœuds de l’histoire. Mais dans les tentatives de Foiemangé, il y a surtout la découverte des Nomdedieu. Véritable galerie de portraits hauts en couleur, cette famille nombreuse évoque, de manière très explicite, les grandes figures de la mythologie antique, de Zeus à Aphrodite en passant par Poséidon ou Dionysos, que l’on retrouve d’ailleurs dans un glossaire final. Chacun incarne un tempérament, une posture. Si ces figures offrent des moments savoureux, elles occupent aussi un espace considérable au détriment de la progression narrative. Le cœur du récit — la tentative de rachat des terres — avance finalement de manière assez prévisible, et le dénouement se devine très tôt. La critique de la bétonisation du littoral et de la spéculation immobilière avait pourtant de quoi nourrir un propos un peu plus incisif.
La lecture n’en reste pas moins agréable. Le trait, expressif et chaleureux, s’accompagne d’une colorisation lumineuse qui restitue parfaitement la torpeur estivale du littoral méditerranéen. On y ressent presque la chaleur écrasante, le chant des grillons et la lenteur des journées qui s’étirent.
Dessin et scénario: Juanjo rodriguez J. – Editeur: Grand Angle – Prix: 23,90 euros.