«Une menace grave pour l’ordre public français»: la dessinatrice Elena Mistrello expulsée de France
La dessinatrice italienne de BD était invitée au festival BD Colomiers. Elle dénonce «une dérive arbitraire croissante de la part des forces de police ».
Invitée au festival de bande dessinée de Colomiers, l’Italienne Elena Mistrello a été interpellée le 21 novembre 2025 sur le tarmac de l’aéroport de Toulouse. Elle venait dédicacer les exemplaires de l’édition française de « Syndrome Italie » (prix du Meilleur Scénario au Treviso Comic Book Festival et prix du Meilleur Premier Ouvrage au Napoli Comicon) aux éditions Presque Lune qui traite du sujet des travailleuses migrantes.
Elle a été sommée par trois agents de la police nationale de quitter immédiatement le territoire français, lui faisant simplement part d’un signalement du ministère de l’Intérieur la qualifiant de «menace grave pour l’ordre public français».
S’interrogeant sur les raisons qui ont pu la conduire à faire l’objet d’une «mesure d’interdiction d’entrée», la dessinatrice italienne évoque sa participation en juin 2023 aux commémorations des dix ans du meurtre de Clément Méric, jeune antifasciste de 18 ans tué par trois extrémistes de droite.
Elena Mistrello souligne en tout cas sur son compte Instagram, cité par L’Humanité, « la gravité de ce qu’il s’est passé : si d’une part, je pense que la dérive autoritaire et répressive des États européens à l’encontre des militants et des activistes politiques est désormais évidente pour tous, d’autre part, je constate une dérive arbitraire croissante de la part des forces de police, qui peuvent décider sans explication de vous renvoyer chez vous simplement parce que vous êtes “indésirable”, créant ainsi un système de contrôle et de surveillance fondé non sur des faits, mais sur des opinions et des fréquentations».
Dans une lettre ouverte à Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, le Syndicat national des auteurs et des compositeurs (Snac) réclame des explications et une enquête. « Cette personne n’ayant commis à notre connaissance, aucun crime ou délit, ou tout acte susceptible de mettre en péril la sécurité publique, notre incompréhension est totale. Elle l’est d’autant plus que nous nous permettons de rappeler à qui lirait ce courrier, que dans la hiérarchie des normes, et ce depuis la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le principe de liberté est supérieur à celui d’une éventuelle ‘anticipation‘ d’atteinte à la sécurité », note le Snac qui interroge le ministre: « Souhaitez-vous faire valoir qu’écrire ou dessiner des livres pourrait dorénavant motiver de tels actes d’autoritarisme, c’est-à-dire d’empêcher la liberté de déplacement des citoyen·nes européen·nes ? »
