Le Prix international du dessin de presse 2026 à Safaa Odah et Jimmy «Spire» Ssentongo
Une dessinatrice palestinienne et un dessinateur ougandais ont reçu le Kofi Annan Courage in Cartooning Award 2026 décerné par la Fondation Freedom Cartoonists et la Ville de Genève.
La Fondation Freedom Cartoonists et la Ville de Genève décernent le Prix international du dessin de presse 2026 – le Kofi Annan Courage in Cartooning Award – à la dessinatrice palestinienne Safaa Odah et au dessinateur ougandais Jimmy « Spire » Ssentongo. Les lauréats, récompensés pour leur contribution exceptionnelle aux droits de l’homme et à la liberté d’expression, ont été désignés par un jury international présidé par Kenneth Roth, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch.
Le dessinateur Chappatte, président de la Fondation Freedom Cartoonists et membre du jury, relève : «Les lauréats du Prix 2026 incarnent le combat des caricaturistes pour la liberté avec, d’un côté, Spire, qui tient tête au pouvoir en Ouganda, et de l’autre, Safaa Odah, dont le travail poignant exprime une profonde humanité au cœur de l’enfer.»

Safaa Odah est une dessinatrice de presse palestinienne, vivant à Gaza. Avant l’intensification de la guerre en 2023, elle produisait des dessins, des bandes dessinées et des affiches sur l’émancipation des femmes, ou à destination de la jeunesse. Depuis octobre 2023, ses dessins témoignent du quotidien terrible des Gazaouis pendant la guerre. Au cœur d’une violence extrême, dans un dénuement total, la dessinatrice palestinienne documente depuis deux ans et demi la situation dramatique des Gazaouis. La maison familiale ayant été détruite par un bombardement il y a deux ans, Safaa Odah et les siens vivent dans le camp de Khan Younès. Son trait simple, presque naïf, tient tête au fracas des bombes. Les thèmes de prédilection de Safaa Odah sont universels – l’amour familial, le deuil, la faim et la pauvreté, la paix – et proposent un regard poignant sur l’occupation et le déplacement de la population de Gaza. Ses dessins expriment ce que les mots échouent à transmettre et témoignent d’une horreur que le monde tolère. Elle continue de dessiner des caricatures dans des conditions extrêmement difficiles, en utilisant le peu de matériel qu’elle peut rassembler, par exemple en dessinant sur la bâche en plastique qui tient lieu de tente pour sa famille et en les publiant sur les réseaux sociaux.


Jimmy « Spire » Ssentongo est un universitaire ougandais, un chroniqueur, un portraitiste, un auteur et un caricaturiste autodidacte primé. Il travaille, entre autres, pour le journal ougandais The Observer, depuis 2006. Titulaire d’un doctorat en philosophie, il a été doyen associé de la Faculté des arts et des sciences sociales de l’Uganda Martyrs University. Régulièrement inquiété, Spire est dans le collimateur des autorités depuis la pandémie de 2020. En mars 2024, il est visé par des menaces de mort après avoir lancé une campagne anti-corruption sur X – #UgandaParliamentExhibition – interpellant le parlement et le sommant de rendre des comptes. Ce n’est pas la première fois que Spire met en lumière des dysfonctionnements dans son pays par le biais de campagnes sur les réseaux sociaux qui lui valent des menaces. En mai 2024, il reçoit le Prix Défenseurs des Droits Humains 2024, décerné par l’Union européenne.
L’humour et le sens de l’analyse critique de Spire amplifient la portée de ses caricatures, qui deviennent populaires et virales. L’intellectuel ougandais y dénonce la corruption, les abus institutionnels et les dérives du pouvoir. En janvier 2026, il s’est temporairement réfugié en Belgique pour échapper aux pressions croissantes à l’approche de l’élection présidentielle.

Les lauréats se verront remettre leur prix ce 4 mai 2026 au Geneva Graduate Institute, en présence de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001. Jimmy « Spire » Ssentongo sera présent pour recevoir sa distinction mais Safaa Odah est pour sa part bloquée à Gaza.
Les travaux de Safaa Odah et Jimmy «Spire» Ssentongo font partie de l’exposition internationale Dessins pour la liberté, visible sur le Quai Wilson à Genève jusqu’au 31 mai 2026. L’exposition présente près de 60 dessins de presse, répartis en trois chapitres : les nouveaux empires, l’impact de l’intelligence artificielle et les libertés attaquées.
