MUCHACHO - TOME 2

, par Estelle

Un jeune séminariste nicaraguayen découvre la violence de la guérilla, la soif d’idéal d’hommes luttant pour la liberté. La fin d’un long diptyque au coeur de la jungle superbement mis en images.

Il aura fallu deux ans pour lire enfin la suite et fin des aventures de Gabriel de la Serna, ce jeune séminariste et fils d’une grande famille du Nicaragua qui découvre les paysans opprimés par les militaires et les guérilleros prêts à mourir pour la liberté. Avec eux, il troque sa bure et ses fusains de dessinateur pour les armes et la fuite à travers la jungle amazonienne afin d’échapper à la Guardia.
Deux ans, c’est long mais cela valait la peine de patienter. Après les 70 pages de toute beauté du premier opus, ce sont 90 pages tout aussi réussies que nous offre Emmanuel Lepage. La technique est la même : peu de dialogues mais des images expressives qui savent faire passer l’émotion, des décors qui nous plongent dans la moiteur et la luxuriance de la jungle, des dominantes de teintes variées d’une planche à l’autre.
Ce deuxième tome suit la transformation du jeune Gabriel, passant du statut de jeune adolescent à celui de jeune adulte. Comparez d’ailleurs les couvertures : celle du premier tome nous présentait un séminariste au visage encore enfantin, un jeune garçon d’apparence fragile à l’abri dans une église. La seconde couverture montre le même plan de Gabriel - cette fois au milieu de la jungle - mais le jeune homme semble plus déterminé, plus rebelle et plus mûr.
C’est la violence qui a changé Gabriel, celle de la guérilla bien sûr mais aussi celle de la passion. Car dans "Muchacho", Lepage ne traite pas seulement de la liberté d’un peuple, il évoque également la liberté d’aimer quelqu’un de son sexe : la bande dessinée parle d’homosexualité avec pudeur et sans vulgarité (voir la scène d’amour nocturne), de la difficulté de pouvoir vivre sa différence librement. Mais cette liberté là ne se conquiert pas les armes et il est plus facile de libérer un pays que de faire changer les mentalités.

- Dupuis