JULES VERNE DANS LA BANDE DESSINÉE
Cent ans après sa disparition, l’illustre écrivain est toujours vivant. Au cinéma et en littérature bien sûr mais aussi tout logiquement en BD, son influence est immense partout dans le monde.
Alors qu’en cette année 2005 l’on s’apprête à célébrer le centenaire de sa mort, l’occasion est toute trouvée pour revenir sur l’inflence de Jules Verne dans la bande dessinée. Un genre logiquement pas épargné par la « vernemania » – d’autant que l’oeuvre de Verne était déjà pleine d’illustrations – qui a touché la litterature, le cinéma et même les jeux vidéos. A travers cette profusion, tenter d’établir une liste exaustive serait évidemment illusoire, aussi nous bornerons nous à dresser un panorama général.
Qui est Jules Verne?
Jules Verne a écrit 80 romans ou longues nouvelles, des ouvrages de vulgarisation et treize pièces de théâtre. Une oeuvre imposante traduite en 25 langues et popularisée par le cinéma et la télévision. Parfois considéré comme un « écrivain scientifique », Verne est plutôt l’un des « pères de la science-fiction ». Nous sommes à la fin du XIXe siècle et la révolution industrielle marque l’avènement d’une littérature mélangeant la fiction d’aventure et la vision prospective d’un futur merveilleux où l’omnipotence de la science donne libre cours à l’imagination la plus débridée. Les deux pivots incontournables de cette révolution sont l’Anglais H. G. Wells et le Français Jules Verne. Dans les romans de Verne, la base scientifique est généralement solide et vérifiée (il travaillait avec des scientifiques réputés), mais cela reste un univers où tout peut arriver, parfois contraire aux lois de la physique.
En 1867, il embarque sur le Great Eastern à Liverpool pour les États-Unis, voyage dont il tirera « Une ville flottante » trois ans plus tard. Jules Verne s’installe à Amiens en 1872 et publie « Le Tour du monde en quatre-vingt jours ». De juin à août 1878, Jules Verne navigue de Lisbonne à Alger sur son bateau, puis en Écosse, Norvège et Irlande en 1880. Il fait un grand tour de la Méditerranée en compagnie de son épouse en 1884. En 1886, suite à une violente dispute, le neveu de Jules Verne, Gaston, blesse l’écrivain aux jambes Il boitera le restant de ses jours. Malade du diabète, Jules Verne s’éteindra le 24 mars 1905 à Amiens dans sa maison du 44, boulevard Longueville, aujourd’hui boulevard Jules-Verne.
Plusieurs livres de Jules Verne paraîtront après sa mort, publiés par son fils Michel Verne (né en 1861 de son mariage avec Honorine Morel en 1856), qui prendra la responsabilité de remanier certains manuscrits.
– Biographie et bibliographie détaillée
Les gravures des « Voyages extraordinaires »
Les romans de Jules Verne ont été publiés du vivant de l’auteur par les Editions Hetzel, puis repris par différents éditeurs, notamment Hachette en 1914. Chaque titre avait d’abord été publié dans un périodique, le Magasin d’Education et de Récréation, puis en volumes reliés. Dès l’origine, les différents ouvrages de sa série des « Voyages extraordinaires » sont très riches en illustrations: plus de 4.000 sous forme de dessins, gravures, cartes ou photos. Soit une moyenne de 60 par roman. Ces planches intercalées entre le texte toutes les six à huit pages, représentaient un support visuel puissant à côté de la fiction narrative, à la fois outil pédagogique et invitation exotique au voyage.
Dans cette liste, on ne saurait oublier non plus un certain… François Schuiten qui, en 1995, a illustré pour Hachette « Paris au XXe siècle », ouvrage posthume de Jules Verne. Ce roman achevé en 1863 avait en effet été refusé par Hetzel parce qu’il le jugeait trop futuriste. Le manuscrit est donc resté dans un coffre-fort jusqu’à ce que l’arrière-petit-fils de l’auteur le découvre en 1989. Verne y dépeint une ville polluée, peu à peu étouffée par le progrès technique, en proie à la dictature de la haute finance.
Des adaptations illustrées des romans de Verne
Même si ces adaptations visent à rester proches de l’original, parce qu’elles font appel à autant de dessinateurs, de supports et d’époques différentes, elle se différencient souvent les unes des autres ne serait-ce que par de petits détails. Ainsi, le site « Modelstories », spécialisé dans l’histoire des maquettes, nous fournit-il un exemple intéressant de différentes versions de l’Epouvante (combiné de voiture, de sous-marin et d' »aviateur »), un engin décrit par Jules Verne en 1904 dans « Maitre du Monde » et censé être vert.
Des inspirations verniennes plus ou moins évidentes
Mais plus que les adaptations fidèles, ce sont les variations autour de l’œuvre de Jules Verne qui sont les plus intéressantes. Dès 1947 parait en Italie une bande dessinée intitulée « Saturnino Farandola contro Fileas Fogg » (Pedrocchi et De Vita), pastiche fantaisiste du « Tour du monde » et des « Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul » d’Albert Robida en 1879 (un roman déjà lui-même parodique des héros de Verne).
Comme adaptation notable, il faut aussi citer « Mystérieuse matin, midi et soir », de Jean-Claude Forest, album né à partir des personnages et des situations conjuguées de son oeuvre « Barbarella » et de « L’ile mysterieuse » de Verne. Quelle est donc cette île en forme de point d’interrogation sur laquelle notre petit groupe de personnages vient de faire naufrage? Alors que le roman de Verne se passe sur Terre, Forest a transposé l’histoire sur une autre planète peuplée de monstres, robots et créatures inquiétants dont nos héros vont devoir se défendre. L’apparition de Barbarella (à la place du capitaine Nemo) dans le dernier épisode sera jugée trop scandaleuse par l’hebdomadaire communiste Pif qui refusera de faire paraître ce 3e volet pour cause d’« imagination excessive ».
La série des « Cités obscures », de François Schuiten et Benoît Peeters, commencée à l’orée des années 80, fait montre également d’un goût certain pour les mondes rétro-futuristes: « La route d’Arilia » de Schuiten et Peeters (Casterman 1988) – qui raconte le voyage en dirigeable de deux enfants – présente des allusions à Jules Verne; dans « L’écho des cités » (Casterman 1993), les deux auteurs racontent l’histoire d’un journal dont le directeur est Michel Ardan, journaliste et héros vernien de la conquête lunaire. Schuiten ne cache pas son influence.
Vu le nombre d’auteurs de BD, héritiers de Jules Verne, il n’est pas étonnant que le Festival du Film Jules Verne qui a lieu chaque année au Grand Rex à Paris ait créé un Jules Verne Award de la meilleure bande dessinée fantastique. Le lauréat 2004 était Kevin O’Neill (« La Ligue des gentlemen extraordinaires »). En 2005, les nominés pour le prix qui sera décerné le 10 avril prochain, sont: « Bluehope » (Serge Meirinho et Thibaud de Rochebrune), « Hauteville House » (Fred Duval, Thierry Gioux), « Kenya » (Rodolphe et Léo), « Le régulateur » (Corbeyran, Eric et Marc Moreno), « Le Neptune » (Jean-Yves Delitte), « Pest » (Corbeyran, Amaury Bouillez), « Robur » (Randy & Jean-Marc Lofficier, Gil Formosa), « Sanctuaire » (Xavier Dorison, Christophe Bec).
Le cas Hergé
Pour reprendre l’exemple d' »Objectif Lune » (1953), l’album paraît alors en plein engouement pour les voyages spatiaux, grâce à l’arrivée des nouvelles connaissances et de la technologie dans les années 50. Une véritable « course de l’espace » s’engage entre les les Etats-Unis et l’URSS.
Consciente ou non consciente, l’inspiration vernienne d’Hergé est néanmoins incontestable et l’on trouve des types de personnages assez proches, comme le savant farfelu (Tryphon Tournesol et Palmyrin Rosette dans « Hector Servadac ») et les policiers qui pensent avec le même cerveau (les frères Dupont et Dupond et les agents Craig et Fry dans « Les tribulations d’un Chinois en Chine »); mais aussi des similitudes de scénarios: « L’étoile mystérieuse » évoque « La chasse au météore » de Jules Verne, L’étoile du Sud, le sous-marin révolutionnaire de Tournesol dans « Le trésor de Rackham le Rouge pourrait être le Nautilus.
A noter qu’à l’occasion du lancement officiel de l’année Jules Verne, la Ville de Nantes a mis en ligne un site Internet entièrement consacré à l’écrivain nantais et aux événements proposés par la Ville à l’occasion du centenaire de sa disparition. Le site va proposer des manuscrits numérisés de la bibliothèque municipale de Nantes. D’autres sont également accessibles sur la Classic Literature Library.