Tebo : "Le goût des parodies"

Après les super-héros avec "Captain Biceps", Tebo s’attaque aux contes de fées avec cette parodie bien déjantée. L’auteur à succès présente, avec beaucoup d’humour, son nouveau héros. Raowl obtiendra-t-il le bisou d’une princesse ?

Pourquoi l’univers des contes de fées ?
Tebo. À la base, c’est surtout un choix graphique. J’en avais un peu marre de dessiner des buildings et des voitures pour "Captain biceps" ! Là, je m’éclate à dessiner des châteaux avec des vieilles pierres et des poutres en bois, des forêts… Et dans les contes de fées, j’y mélange aussi de l’heroic fantasy (gamin, j’étais ultra fan des "livres dont vous êtes le héros"), donc je peux mettre plein de personnages incroyables comme les dragons, les gobelins ou les zombies.

Les princesses de Disney vous agacent ?
T. Non. Depuis que j’ai travaillé avec Disney sur un album de "Mickey", ils savent où j’habite, donc je ne dirai jamais de mal de Disney. J’ai peur pour ma famille !



On est ici plus proche de "Shrek". Est-ce qu’il y a une filiation ?
T. Pas du tout. Mon style graphique et surtout l’énergie de mes dessins viennent des cartoons de "Tex Avery" ou des premiers "Mickey" en noir et blanc. Quant à mon envie de devenir dessinateur de BD, elle vient des comics de super héros et c’est en découvrant les œuvres de Gotlib et de Margerin que j’ai voulu être dessinateur de BD humoristique. Ils m’ont surtout donné le goût de faire des parodies : super héros et contes de fées.



On trouve peu de clins d’œil à la communauté LGBT dans les films Disney. C’est le cas dans "Raowl". C’est un choix presque militant ?
T. C’est quand même rare qu’il y ait des clins d’œil à la communauté LGBT dans les dessins animés. Moi, j’ai réussi à placer ce petit pied de nez à la fin de ma première histoire sur un coup de chance. Je décris mes princes charmants comme des personnages exécrables et assez imbus d’eux-mêmes, donc ça tombait sous le sens que ce qui était mieux qu’un prince charmant était une princesse charmante ! J’ai trouvé ça drôle (et je me suis dit aussi que ça allait faire rigoler mes copines homosexuelles). Dans "Raowl, tome 1", les filles sont plutôt fortes en gueule, elles ne se laissent pas faire, mais elles ont quand même besoin du héros (surtout de sa force). Dans le tome 2, ça va changer, Raowl va rencontrer Peau d’âne, qui est une sorte de Calamity Jane. Peau d’âne est super forte à la bagarre, son seul point faible c’est qu’elle sent la truite (sourire). Ils vont être un duo du tonnerre dans leur aventure !



Raowl possède une double personnalité. Est-ce uniquement pour l’effet comique ?
T. 
Cette double personnalité marchait bien pour ma grande histoire. Les princesses ne veulent pas embrasser Raowl car elles le trouvent repoussant mais elles tombent amoureux de lui dès qu’il se transforme en prince charmant sauf qu’il devient un autre personnage et qu’il est tout de suite méprisable (comme tous les princes charmants de ma série). Je pense que je me venge de ce que j’ai vécu pendant mon adolescence avec les filles qui me trouvaient sympa mais qui préféraient rouler des pelles aux beaux mecs avec une mèche rebelle, des abdos et une super 5 turbo (elles préféraient les vieux).



Vos dialogues sont aussi percutants que ceux de Zep dans votre série "Captain Biceps". Est-ce que votre super-héros a influencé le ton de "Raowl" ?
T. 
Pas du tout. J’aime bien te contredire (rires). J’étais l’auteur (scénariste et dessinateur) d’une série bien avant "Captain Biceps", "Samson et Néon", et j’aimais déjà m’amuser avec les dialogues. J’ai continué avec "Alice au pays des singes" (avec Keramidas au dessin), avec "La jeunesse de Mickey" et "Les fables avec du poil". La vraie influence de "Captain Biceps" sur "Raowl", c’est le fait que "Raowl" n’a peur de rien et que le lecteur n’a pas peur pour lui. Il est le plus fort à la bagarre. C’est aussi pour ça que j’ai ajouté à Raowl cette double personnalité qui arrive quand il éternue, pour qu’il ait un talon d’Achille.



Pourquoi avoir fait de Raowl une sorte de gros chien ?
T. Merde, c’est une sorte de gros chat (rires). Il faut que j’arrête le dessin, ce n’est pas pour moi ! Bon, après, c’est un gros chat avec un comportement de labrador !

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Raowl - Livre premier. La Belle et l’Affreux" par Tebo. Dupuis. 12,50 euros.