LES PESTIFÉRÉS

Un médecin organise la survie des habitants de son quartier confrontés à la terrible peste de Marseille en 1720. Une fable historique qui se termine en inattendu manifeste politique.

La peste de Marseille de 1720 est la dernière grande épidémie de peste enregistrée en France. Apportée par un navire marchand venu d’Orient et propagée du fait de diverses négligences, elle tua entre 90.000 et 120.000 des 400.000 habitants de la région. Marcel Pagnol s’est emparé de cet évènement historique pour en tirer une histoire inachevée, publiée dans "Le temps des amours", 4e partie de ses "Souvenirs d’enfance". L’auteur ayant toutefois raconté la fin à ses proches, nous pouvons aujourd’hui la découvrir grâce à son petit-fils, Nicolas Pagnol.

La première partie des "Pestiférés" version BD a un peu de mal soulever l’enthousiasme : le rythme est lent (peste pas peste ? Les avis divergent), les passages en voix off très nombreux et le trait de Wambre déconcertant par son trait globalement gras et imprécis. Mais il serait dommage de ne pas pousser plus loin. Une fois l’intrigue posée - pour échapper à la peste, un éminent médecin décide de faire croire à la mort des habitants de son quartier et d’organiser la vie en autarcie des "reclus" contre le fléau -, le récit s’avère plus fluide et plus entraînant. Familles décimées dans d’horribles souffrances, barricades montées, cadavres brûlés par manque de temps et de moyens, résistance d’un groupe face à l’épidémie, façon histoire de zombies… On a envie de connaître le dénouement de ce tragique huis-clos. Certes la conclusion est un peu abrupte mais elle permet de découvrir un autre Pagnol alors que la pandémie n’est peut-être pas la pire menace : contrairement au reste de son oeuvre, "Les pestiférés" est un manifeste très politique, une critique ouverte de la religion et de son influence et la manifestation d’une société alternative.

Dessinateur : Samuel Wambre - Scénaristes : Serge Scotto, Éric Stoffel et Samuel Wambre - Editeur : Bamboo/Grand Angle - Prix : 19,90 euros.