Pétillon lève le voile

Cinq ans après son "Enquête corse", le détective Jack Palmer revient. Et c’est fois ce sont les milieux islamistes qu’il explore.

"Pour ’L’affaire corse’, on m’a reproché de ne pas parler des femmes corses, alors j’ai voulu me rattraper !" Cinq ans après son album à succès qui fut même transposé au cinéma, René Pétillon présente son nouveau bébé : "L’affaire du voile" qui lâche le détective le plus nul de l’histoire de la BD en plein dans les milieux islamistes. Dans ce nouvel album, édité chez Albin Michel toujours, Jack Palmer s’efface quelque peu devant les femmes. Il est chargé par Madame Pelerin de retrouver sa fille Lucie qui, voilée jusqu’aux yeux, se serait convertie à l’islam le plus radical et aurait pris le nom de Yasmina Fatwa.
Et voilà donc notre privé au chapeau mou dans les hammams, chez les marchands de tapis de prière ou les imams et dans une école coranique pour jeunes filles voilées. Encore une fois, le privé multiplie les gaffes et a tout faux. En plus, il ne fait pas le poids face à une mère de caractère, une femme d’imam moderne et une jeune musulmane qui défend sa liberté de choix.
Pétillon le reconnaît lui même, "’L’affaire du voile" est un album beaucoup plus construit que ’L’enquête corse’ qui était davantage basé sur une succession de gags". "J’ai entièrement écrit le scénario avant de passer au dessin, ce qui n’était pas toujours le cas jusqu’à présent" explique le dessinateur à qui l’idée de départ est venue lorsqu’ont éclaté les affaires de jeunes filles voilées dans les établissements scolaires.
La condition féminine est donc le sujet principal de son album : le voile imposé ou désiré, l’enrôlement, la lapidation des femmes, etc. Sa casquette de dessinateur de presse - pour Le Canard Enchaîné notamment - lui avait déjà permis de traiter le sujet à de nombreuses reprises mais il s’est également beaucoup documenté "pour ne pas froisser les gens". "L’objet de cet album n’est pas de s’attaquer aux fondements de l’islamisme mais à ses dérives" précise-t-il. Pour les personnages croqués il s’est installé dans des cafés du quartier parisien de Belleville, les règles de conduite à table dans l’école coranique, il les as trouvées sur des sites internet fondamentalistes. Mais il s’est aussi servi de sa propre expérience de pensionnaires chez les frères, avoue-t-il.
L’album est peut-être plus réservé dans la dérision que "L’enquête corse" mais Pétillon se défend d’avoir fait profil bas : "le fait de travailler dans la presse m’a appris qu’il faut appeler un chat un chat : être direct sur le fond, ne pas tourner autour du pot". "Bien sûr j’avais le sentiment d’être sur le fil du rasoir, poursuit le dessinateur, mais je ne me suis pas retenu, je n’ai pas voulu ménager les intégristes !". D’ailleurs "avant d’avoir fait ’L’enquête corse’, je ne pensais pas que les autonomistes corses avaient de l’humour !" Pour l’instant, l’album a déjà reçu des réactions hostiles. Le président du Conseil français du culte musulman Dalil Boubakeur, en revanche, a trouvé l’album "plutôt bien" dixit Pétillon. Tariq Ramadan (dont Pétillon s’est inspiré pour le personnage de Saïd Asal), lui, n’a pas souhaité s’exprimé.
"Je ne cherche pas les sujets dangereux mais je fais ceux qui m’intéressent. Or il se trouve que ceux qui m’intéressent sont parfois dangereux, délicats". Reste que dans un proche avenir, Pétillon avoue avoir envie de quelque chose de plus léger : "j’ai vaguement dans la tête de faire un Palmer dans le vin... Ca peut être amusant. En même temps, dans le vin, il y a des groupes de pression, des inimitiés entre des régions de production..."