Zidrou : "Complexe, adulte, sombre aussi"

, par Estelle

"La Mondaine" n’est pas un polar comme les autres. Dans ce prometteur premier tome, Zidrou cherche davantage à percer les secrets de ses personnages qu’à s’attarder sur la résolution des enquêtes de la brigade des mœurs.

En général, la fiction s’intéresse davantage à la criminelle qu’à la mondaine...
Zidrou. Il était logique que je choisisse la mondaine car le sujet de notre diptyque est l’animalité en nous et comment notre société la brime.



L’autre choix fort de cet album, c’est cette période d’avant-guerre ?
Z. Parce que, comme l’annoncent les planches initiales et finales du volume 1, le second opus aura pour contexte la guerre, autre expression de l’animalité en nous. Bizarrement, notre société accepte d’ailleurs plus celle-là que la sexualité.



Dans ce premier tome, vous délaissez les motivations qui poussent Aimé Clouzeau à quitter la criminelle pour la mondaine...
Z. Parce que c’est totalement anecdotique. Et en même temps, ce changement n’est pas innocent, surtout de la part d’un homme qui se rapproche davantage du puceau que du tombeur de ces dames.



On a le sentiment que la mondaine va transformer Clouzeau, que cette brigade va lui faire entrer dans le monde adulte ?
Z. J’ignore si Aimé sera jamais adulte. Le second tome sort en août, votre patience, cette fois, ne sera donc pas mise à l’épreuve.



Certaines répliques sont mémorables comme ce « Pas de vices, pas de police »...
Z. Les dialogues me viennent naturellement. J’essaie qu’ils sonnent juste. Ils donnent en tout cas de l’épaisseur au texte car on oublie trop souvent qu’une bande dessinée, c’est aussi un texte, une prose.



"La Mondaine", tout en parlant forcément un peu de sexe, n’est jamais vulgaire. C’était impératif ? Cela aurait été plus compliqué en situant l’histoire de nos jours ?
Z. "La Mondaine" parle beaucoup de sexe. Il est évident que le choix de l’époque me permet de renforcer mon discours. Car je pense que nous vivons de nouveau le retour d’une pseudo morale castratrice. Et puis, le dessin de Jordi fonctionne tellement bien avec cette époque.



La couverture du tome 2 affiche une panthère et laisse supposer que vous allez vous concentrer sur l’affaire du Zoothrope. Cela signifie que ce premier tome, qui ne comporte aucune véritable enquête, est clairement une introduction ?
Z. Pas du tout ! Ce volume 1 est clairement une première époque mais pas du tout une introduction. Comme tout diptyque, il ne prendra toute sa force qu’une fois la lecture des deux tomes achevée. C’est la loi du genre ! Vous l’avez compris, il n’y a pas ici à proprement parler d’enquête. Un peu comme dans les romans non policiers de Simenon. Et en même temps, Aimé va devoir résoudre de nombreuses, disons, énigmes sur ses origines, sur de nombreux secrets de famille. 
"La Mondaine" est une œuvre plus complexe, plus adulte que ne l’était "Lydie". Plus sombre aussi. C’est un choix délibéré de Jordi et moi. Nous voulions un registre plus dérangeant d’histoire. Il est important de ne pas toujours caresser le lecteur dans le sens de la facilité.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"La Mondaine" par Zidrou et Jordi. Dargaud. 14,99 euros.