Thierry Lamy : "Un fantastique à la Stephen King"

, par Estelle

Hommage appuyé au film "La nuit du chasseur" de Charles Laughton, "Promise" s’en démarque en y introduisant une dose de fantastique. Son scénariste Thierry Lamy
dévoile les influences de ce magnifique polar crépusculaire.

“Promise" fait immanquablement penser à "La Nuit du Chasseur" de Charles Laughton,
qui donne d’ailleurs son nom à votre personnage principal. Est-ce une relecture
de ce grand classique du cinéma ?

Thierry Lamy. Pas du tout. "Promise" est avant tout un récit fantastique inédit qui me permet de rendre un hommage appuyé à ce grand film qu’est "La Nuit du Chasseur".

Vous n’avez pas été tenté de l’adapter en BD ?
T.L. A vrai dire, l’idée ne m’est pas venue à l’esprit. Autant, j’aimerais adapter
certains classiques du cinéma fantastique américain, autant "La Nuit du
Chasseur" me semble justement inadaptable.

Le film n’est mentionné nulle part dans l’album ou même le dossier de presse...
T.L. Parce que ce n’est pas une adaptation justement. Même si Laughton, le pasteur de
"Promise" doit beaucoup à Powell, le pasteur de "La Nuit du Chasseur", la
comparaison entre les deux s’arrête là. Avec Promise" nous plongeons dans un
fantastique à la Stephen King, alors que le film est avant tout un thriller.

Promise est une ville isolée par la neige. Il était important de construire
ainsi un huis-clos ?

T.L. La montagne, l’hiver, l’isolement sont en effet un cadre idéal pour permettre à
un personnage de la trempe de Laughton de manipuler les esprits. Et puis, j’ai
toujours aimé les westerns qui se passent dans une ambiance hivernale : le
premier tome de "Durango", "Le Général Tête Jaune" ("Blueberry") pour la BD, "Le Grand
Silence" de Sergio Corbucci, la scène du massacre de la Washita River dans "Little
Big Man" pour le ciné.

Laughton est un vrai méchant qui n’inspire aucune sympathie. Est-ce que les deux
tomes suivants vont lui révéler des failles ?

T.L. Il est certain que le personnage de Laughton va évoluer. En tout cas, Mikaël et
moi avons quelques intentions à son égard. Mais il y a quelque chose de magique
avec les personnages de papier car parfois ils nous échappent et prennent un
chemin que nous n’avions pas prévu à l’origine. Comme s’ils avaient leur propre
existence. Peut être que Laughton nous réserve donc quelques surprises.

Via le personnage de Margot, cet album interroge aussi la notion de culpabilité.
C’est un thème que vous aviez à cœoeur de développer ?

T.L. Ce qui est intéressant c’est la culpabilité liée à la foi. Margot se sent avant
tout coupable d’avoir failli a un des 10 commandements et donc d’avoir désobéi à
Dieu. C’est une culpabilité qui induit un désir d’expiation et de repentir,
permettant encore une fois à un manipulateur comme Laughton de jouer avec sa
victime.

La présence du chien amène un côté fantastique à cet album. Pourquoi ce choix ?
T.L. Dans la toute première version de l’histoire (il y a maintenant dix ans), il y
avait non pas un, mais plusieurs chiens. On découvrira que cet animal est
nécessaire à la "survie" de Laughton. Son rôle n’est donc pas anecdotique. Quant
au fait de l’appeler "La Bête", c’était pour moi un clin d’oeil à la
fameuse Bête du Gévaudan qui sévissait elle aussi dans un paysage de montagne.

Par son dessin et ses cadrages, Mickael rend ce révérend encore plus cruel.
Qu’est-ce qui vous a séduit chez ce dessinateur québécois ?

T.L. Recevoir une page de Mikaël est un véritable cadeau. Il a un sens de la mise en
scène et sait recréer des ambiances qui donnent littéralement vie au scénario.
Il serait donc difficile de ne pas être séduit par son talent. Mikaël est un
narrateur à part entière. Et en BD, c’est ce qui est le plus important...

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Promise", tome 1. "Le livre des derniers jours" par Thierry Lamy et Mikaël. Glénat. 13,90 euros.