Terreur Graphique : "Notre histoire de la BD"

, par Estelle

Avec son copain Hervé Bourhis, déjà auteur de plusieurs "Petits livres" tout aussi indispensables, Terreur Graphique raconte le neuvième art à travers une multitude d’anecdotes. C’est beau, drôle et instructif.

Comment Hervé Bourhis vous a convaincu de vous lancer dans ce projet ?
Terreur Graphique. Après les "Petits Livres" Rock, Beatles et cinquième République, Hervé voulait en faire un sur la bande dessinée, mais ne voulait pas se lancer tout seul dans cette aventure. Comme on est potes depuis quelques années et qu’il connait ma passion pour la BD, il m’a proposé de m’embarquer dans cette épopée. J’ai répondu oui en 15 secondes. J’étais convaincu dès le départ par le sujet et par l’envie de travailler avec lui.

Est-ce plus difficile de trouver des anecdotes sur la bande dessinée que sur le rock ou le cinéma ?
T.G. Hervé pourrait mieux répondre que moi sur cette question, mais je crois que, comme pour la musique ou le cinéma, il faut sortir des sentiers battus, fouiller, défricher pour trouver des anecdotes moins connues par le public (sans occulter les anecdotes mythiques évidemment). L’histoire de la bande dessinée en est riche !

Avez-vous ressenti une certaine pression au moment de dessiner Tintin ou Astérix ?
T.G. Personnellement, je me suis mis la pression sur chaque dessin. Mais on a réalisé ce livre comme un grand kiff d’auteurs rendant hommage à leurs pairs, à leur métier et à leur patrimoine. Un grand cri d’amour. Si on s’était trop mis la pression, on n’aurait pas fait ce livre. Nous avons de plus été très soutenus par notre éditeur. Ça détend.

Pourquoi avoir choisi de sélectionner un album par année, sachant que cela allait forcément susciter le débat ?
T.G. Ce petit livre, c’est notre histoire de la bande dessinée, avec des choix subjectifs. C’est une histoire non exhaustive, sinon il nous aurait fallu 10.000 pages. Bien évidemment, on peut ne pas être d’accord avec nos choix, mais nous assumons tout. Pour les albums de l’année comme pour tout le livre d’ailleurs, nous avons listé tous les albums sortis année par année, sélectionné chacun de notre côté ceux qui nous semblaient essentiels, avons confronté nos choix, négocié nos points de désaccord (il y en a eu assez peu) et trouvé des terrains d’entente. La liste des albums nous est alors apparue comme elle est dans le livre.

Les couvertures de ces albums de l’année ont été redessinées par de nombreux auteurs. Quels sont vos coups de cœur ?
T.G. Je crois que je les aime toutes. Chaque auteur a livré sa version (fidèle ou réinterprétée). Recevoir toutes ces couvertures par ces auteurs qu’on aime et qu’on admire a été un des grands bonheurs de cette aventure ! Ce serait malvenu de ma part que d’en choisir une en particulier. Je suis amour (sourire) !

Plus les années passent, plus vos choix s’orientent vers la bande dessinée indépendante. Que doit-on en conclure ?
T.G. Plus les années passent, plus il y a de titres en librairies. De quelques albums par an il y 70 ans, on est passé à plus de 5.000. Le choix est difficile. De plus, le livre à mon sens s’intéresse aux grands mouvements de la bande dessinée et à son évolution. Or, depuis les années 90, la révolution de la BD est passée par la bande dessinée indépendante et nombre de ces auteurs sont depuis devenus des monuments de la bande dessinée grand public. On en revient toujours à la subjectivité du livre. C’est notre vision de la BD et depuis les années 1990-2000, on la voit de l’intérieur.



Qu’avez-vous appris ou découvert en réalisant cet album ?
T.G. Énormément de choses ! Notamment sur la bande dessinée américaine de 1900 à 1940. Je crois qu’on aurait pu faire tout un petit livre sur cette époque, tellement elle est riche et passionnante. J’ai aussi surtout appris que travailler avec un ami, de découvrir qu’on est encore plus sur la même longueur d’onde qu’on le pensait. C’est carrément super !

Vous êtes désormais un spécialiste de l’histoire de la bande dessinée. Quel est selon vous l’âge d’or de ce média ?
T.G. Je ne crois pas être un spécialiste de BD (sourire). Disons que je suis plus éduqué sur mon médium qu’avant le livre. L’âge d’or, j’espère qu’il est demain, dire que le meilleur est derrière nous, ça me dérange un peu quand même. En revanche, si vous me demandez à quelle période j’aurais voulu être dessinateur, là je peux vous répondre : la fin des années 60 et les années 70 : Pilote ! L’Echo ! Fluide ! Métal ! Charlie ! Le tac au tac !


Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Le Petit Livre de la bande dessinée" par Hervé Bourhis et Terreur Graphique. Dargaud. 19,99 euros.