Ralph Meyer : "Le croque-mort ne manque pas d’élégance"

, par Estelle

Pour revisiter les mythes de l’Ouest américain, le dessinateur Ralph Meyer a eu l’idée géniale de donner le premier rôle à un croque-mort. "Undertaker" offre ainsi un angle original à ce western spectaculaire.

Dessiner un western, est-ce une sorte de retour à l’enfance ?
Ralph Meyer. Oui, il y a de ça. Outre Lucky Luke et Blueberry, le western pour des gens de ma génération est lié à l’émission "La dernière séance", présentée par Eddy Mitchell, qui proposait deux westerns le même soir. J’en voyais un et parfois, après d’âpres négociations avec mes parents, je pouvais suivre le second.

Comment avez-vous réagi quand vous avez appris que le héros était un croque-mort ?
R.M. C’est moi qui ai proposé l’idée du croque-mort à Xavier. Cela faisait longtemps que je me disais qu’il y avait quelque chose à faire avec ce personnage présent dans tant de westerns mais qui n’avait jamais eu les faveurs du premier rôle. Il permet de revisiter les grands mythes de l’Ouest américain de la fin du XIXe siècle mais avec un prisme différent. Et puis, visuellement, il a une identité graphique très forte qui ne manque pas d’élégance.


Il y a un petit côté Robin des Bois chez Jonas, qui se rebelle contre les autorités, mais renonce à tuer les mineurs qui l’attaquent...
R.M. Il ne pense pas au bien commun comme peut le faire Robin des Bois. Il est misanthrope, cynique, répugne à côtoyer les vivants et n’hésite pas à balancer quelques vacheries à l’occasion. Dans le cas des mineurs, c’est surtout de la pitié qu’il éprouve pour des gens qui crèvent de faim.



Dans le superbe portfolio en fin d’album sont publiées vos recherches graphiques pour ce personnage principal. Quelles devaient être ses caractéristiques ?
R.M. Je n’avais pas de modèle en particulier. L’idée était d’aller à l’opposé du cliché sur le croque-mort. Il suffit de le comparer à celui dans Lucky Luke au teint cadavérique, avec les épaules voutées et avec cet air dépressif. Jonas, lui, est plutôt athlétique et beau mais d’une hygiène douteuse avec sa barbe hirsute et ses cheveux en pagaille. À l’inverse de l’apparence de dépressif du croque-mort, Jonas peut-être cabotin et ne manque pas d’humour.


Il y a de nombreuses scènes d’action dans ce premier tome. C’est un défi pour un dessinateur ?
R.M. Assez étonnamment, les scènes d’action sont souvent plus faciles à mettre en scène qu’une scène, par exemple, de dialogues dans un bureau. Personnellement, le défi de ce bouquin aura été de dessiner des chevaux. Et je sens bien qu’il faudra encore quelques albums avant que je sois satisfait du résultat.

Avec Rose, "Undertaker" s’appuie sur un personnage féminin très fort. C’est une aubaine pour un dessinateur d’avoir ainsi une variété de personnages ?
R.M. Oui, c’est une des grandes joies dans le fait de faire un western. Créer une galerie de trognes en passant du shérif au barman, aux mineurs... Rose est un personnage fort, en effet, qui est le parfait contrepoint à Jonas. J’ai mis du temps à l’apprivoiser graphiquement mais là, je suis sur le tome deux et elle commence à être vraiment en place.

Comme le souligne l’autocollant sur la couverture, l’ombre du "Blueberry" de Giraud plane sur cet album. C’est la référence ultime pour le western ?
R.M. En bande dessinée, "Blueberry" est le maître étalon. Pour le travail incroyable de Jean Giraud mais aussi les scénarios terribles de Jean-Michel Charlier. Ils ont abordé toutes les grandes thématiques de l’Ouest de la fin du XIXe siècle et marqué au fer rouge quelques générations de lecteurs. Après, l’autocollant placé en couverture est bien sûr exagéré. Ce serait oublier des grandes séries comme par exemple "Le Bouncer". Mais je pense que c’est une manière pour notre éditeur de montrer son enthousiasme pour "Undertaker" et de dire en gros : "Si vous êtes fan de "Blueberry", "Undertaker" devrait de vous plaire.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Undertaker", tome 1. "Le mangeur d’or" de Ralph Meyer et Xavier Dorison. Dargaud. 13,99 euros.