Pourquoi Spirou ?

, par Estelle

La question a été posée à Vehlmann, Tarrin, Yann, Morvan et Le Gall. Leur point commun ? Ils ont réalisé au moins une aventure de Spirou et Fantasio, que ce soit sur la série classique ou sur une série "parallèle".

Grâce à une nouvelle génération d’auteurs, Spirou a retrouvé son rang parmi les plus grands héros de la bande dessinée et fréquente assidûment le rayon nouveautés des libraires. Pas moins de dix albums ont en effet été publiés depuis trois ans. En plus des tomes 47 à 49 livrés par Morvan et Munera et d’une superbe collection d’intégrales période Franquin, les éditions Dupuis ont créé une série parallèle ("Une aventure de Spirou et Fantasio par...") afin de permettre à d’autres auteurs de s’approprier le mythe. À l’occasion de la parution de l’excellent "Tombeau des Champignac", il était donc temps de demander à tous ses auteurs : pourquoi Spirou ?

- Fabien Vehlmann : "Parce ce que c’est un personnage qui a bercé mon enfance, essentiellement grâce à Franquin et à son graphisme sublime. Et puis c’est une série qui mêle avec bonheur l’humour et l’aventure. On peut donc s’amuser à faire vivre des rebondissements assez délirants aux personnages, sans que le lecteur puisse reprocher notre éventuel manque de crédibilité du récit : j’apprécie beaucoup cet espace de liberté, ce mélange entre Buster Keaton et Indiana Jones !"

- Tarrin : "Tout simplement parce que la bande dessinée est en crise et que pour gagner sa vie aujourd’hui il faut faire des compromis. Blake et Mortimer, Lucky Luke et Boule et Bill étant déjà pris, je me suis rabattu sur Spirou. Et puis je voulais montrer à ce petit prétentieux de Franquin qui était le maître."

- Yann : "Mais, Bon Dieu de bordel de merde, parce que Spirou, c’est génial, tout simplement ! Spirou, c’est la quintessence de l’esprit pur, naïf et boy-scout des années d’après-guerre, la candeur de l’enfance encore préservée de la pollution audio-webo-wifi-visuelle et du cynisme actuel ; une époque où l’ennemi principal était l’ennui des cours de récréation et des après-midi pluvieux. Avec toutefois, malgré ça et peut-être grâce à ça, un talent, une créativité, une richesse graphique inouïs... et un je-ne-sais-quoi d’humour pervers qui faisait mes délices (surtout accompagné d’une tablette de chocolat Poulain) ! Je parle bien évidemment du vrai Spirou, le seul Spirou, l’unique, le Spirou d’André Franquin. Celui qui a enchanté mon enfance grisâtre et triste avec son petit costume rouge, son écureuil bondissant et son crétin lunaire à huit poils de Fantasio.
Mais me direz-vous, pourquoi vouloir le reprendre ? Mais Bon Dieu ! C’est pourtant évident : pour pas qu’un autre petit malin le fasse à ma place et nous ponde encore des tas de nouvelles aventures à la mord-moi-le-schtroumpf, comme on en a déjà subi des tombeaux... pardon, des tombereaux, ces trente dernières années !"

- Jean-David Morvan : "Parce qu’on m’a contacté pour reprendre le personnage, sans que je m’y attende. Parce qu’on m’a demandé à cette occasion de ne pas jouer la nostalgie, mais de le placer dans notre époque. Parce qu’il y a des opportunités qui se ne représentent pas deux fois dans la vie. Parce que quelles que furent les difficultés de la tâche, j’aurai pour toujours fait ces quatre albums avec des co-auteurs que j’aime. Parce que j’aime la bande dessinée au dessus de (presque) tout, et que Spirou, c’est la bande dessinée !"

- Franck Le Gall : "Parce que, quand le pays de Tintin ou celui d’Astérix n’offrent plus la moindre parcelle constructible, Spirou était encore une terre vierge, une manière d’île désertée à défricher, à explorer. En l’abordant, à peine y ai-je vu les restes du campement de Franquin, le havresac de Jijé, deux sacs de couchage abandonnés là, et c’était tout. J’ai donc pu y construire ma cabane en toute quiétude. Elle me ressemble. Elle est tout en bois, tout de guingois, avec, sur le dessus, une petite cheminée penchée qui fume drôlement. Et, en accord avec ces messieurs-dames des éditions Dupuis, nous l’avons baptisé "mon Spirou"... "

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne

"Le tombeau des Champignac" par Tarrin & Yann, Dupuis (13 €) ; "Spirou, l’intégrale", "Aventures modernes", tome 4 par Franquin, Dupuis (16 €).
Et aussi : "Les géants pétrifiés" par Vehlmann et Yoann ; "Les marais du temps" par F. Le Gall ; "Spirou et Fantasio" (T47. "Paris sous-Seine") par Morvan et Munuera ; "Spirou et Fantasio" (T48. "L’homme qui ne voulait pas mourir") par Morvan et Munuera ; "Spirou et Fantasio" (T49. "Spirou et Fantasio à Tokyo") par Morvan et Munuera.