Noël Simsolo : "L’affaire Dreyfus révèle beaucoup de choses"

, par Estelle

Dans une France divisée par l’affaire Dreyfus, le groupe Prospero combat les fascistes et les antisémites. Avec "Beauté noire", Noël Simsolo signe une nouvelle série d’espionnage superbement dessinée par Olivier Balez.


"Beauté noire" est construite autour de l’affaire Dreyfus. Est-ce l’envie d’écrire sur cette incroyable erreur judiciaire qui a été le point de départ de cette série ?
Noël Simsolo. Depuis pas mal d’années, dans mes romans, dramatiques de radio ou scénario, je travaille toujours autour d’événements du passé, qu’ils soient politiques ou criminels, et surtout qui sont vrais. L’affaire Dreyfus n’est hélas pas une erreur incroyable puisqu’elle est vraie, voulue telle et révèle beaucoup de ces choses qui traînent dans ce que mon ami Didier Daeninckx et moi-même appelons Les Poubelles de l’histoire. Car sans Drumont et les ligues antisémites, l’horreur eut été moindre, quoique déjà inacceptable. Et moi, je m’applique à ne collaborer avec aucune forme de fascisme ; mieux, je les combats à ma manière. Quand je vois un raciste, j’ai mal à ma réalité d’être humain.



Malgré son ancrage dans la réalité historique, vous prenez quelques libertés comme (il me semble) pour la tentative d’attentat contre Émile Zola…
N.S. Moins de liberté que vous le pensez, car la thèse de complot pour assassiner Zola suite à ses positions dreyfusardes a déjà fait couler beaucoup d’encre et nourrie de nombreuses thèses. D’autre part, j’écris des fictions et j’invente du mieux que je sais pour qu’elles soient dynamiques et intéressantes.



Cette fin du XIXe siècle est une période propice à ces histoires d’espionnage ?
N.S. Hélas, toutes les époques sont propices aux histoires d’espionnage.


Ce qui frappe dans les méthodes du groupe Prospero, c’est la violence avec laquelle il élimine les bellicistes et les racistes. On est loin du politiquement correct…
N.S. 
En politique, rien n’est jamais correct ! On masque, c’est tout. Pour les bonnes ou les mauvaises causes… Quant au nom du groupe Prospero, il vient du nom du principal protagoniste de La Tempête de Shakespeare.

Quand l’un des protagonistes scande "La France aux Français", on fait forcément le rapprochement avec des thèses nationalistes plus récentes. "Beauté noire" parle aussi de la France d’aujourd’hui ?
N.S. 
La France d’aujourd’hui a toujours ses démons nationalistes, et depuis des siècles.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Beauté noire et le Groupe Prospero - Tome 1" par Noël Simsolo et Olivier Balez. Glénat. 15 euros.