Marie Jaffredo : "Nous nous sommes imprégnés de la vie des bâtisseurs"

, par Estelle

Influencé par "Le Nom de la rose" ou "Les Piliers de la terre" écrit par Ken Follet, le premier tome de ce thriller médiéval présente toute une série de meurtres horribles mais détaille également avec beaucoup de soin tout le travail des bâtisseurs aux prémices de l’art gothique.

Une architecte urbaniste de formation qui dessine une série sur une bâtisseuse, ce n’est forcément pas un hasard...
Marie Jaffredo. En effet ! Quand Michaël m’a proposé de m’écrire une histoire de mon choix, je lui ai tout de suite parlé de cette époque et de ce thème des bâtisseurs de cathédrales. Cette idée l’a séduite d’emblée ! Ça tombait bien... Nous avons donc ensemble posé les principaux éléments à savoir une femme architecte et un chantier d’abbaye au milieu d’un thriller. Michaël a écrit le reste.



Cette histoire est située au début de l’art gothique. Pour quelles raisons avez-vous eu envie de dessiner cette période ?
M.J. Il s’agit d’une période de transition entre le roman et le gothique. C’est une période intéressante car pleine d’idées, expérimentale et basée sur une réflexion plus large que la technique architecturale. Il s’agit en effet de faire entrer la lumière dans les édifices religieux et par là d’ouvrir la maison de dieu à tous les croyants. Les églises de cette époque sont pour la plupart d’une grande pureté.

Pour l’abbaye, est-ce que vous vous êtes inspirée d’un bâtiment existant ?
M.J. Oui bien sûr ! Nous sommes partis des "trois abbayes provençales" (Sénanque, Silvacane, et Thoronet) et nous en avons fait une abbaye un peu plus avancée dans le gothique. De manière générale, nous avons essayé de nous documenter le plus possible, échangeant nos informations et nos lectures, et de nous imprégner de cette époque et de la vie des bâtisseurs. Nous souhaitions que le récit soit le plus proche de la réalité.



Cet album possède également un côté éducatif puisqu’il détaille les différentes phases de construction d’une abbaye gothique sans forcément paraître trop didactique. Tout est parfaitement fondu dans le récit...
M.J. Michaël et moi-même souhaitions effectivement donner à l’ouvrage une réelle assise historique et technique. Une véracité dans le détail. Ce qui n’est pas forcément évident par rapport au récit. Toute gamine, j’ai eu la chance de lire l’ouvrage de Bourgeon "Maître Guillaume et le Journal des bâtisseurs de cathédrales". Celui-ci m’avait profondément marqué. L’époque, le sujet, les détails : j’avais l’impression d’y être ! De là probablement m’est venue l’envie de replonger dans un chantier d’abbaye.


On pense forcément un peu au « Nom de la rose » en lisant ce premier tome. Avez-vous cherché à retrouver son ambiance ou au contraire à vous en démarquer ?
M.J. Non, ce film ainsi que d’autres ouvrages bien connus tel que "Les Piliers de la Terre" de Ken Follett nous ont réellement influencés. Nous ne nous en cachons pas et nous espérons malgré tout avoir trouvé un ton propre.

Dessiner une femme qui combat le machisme, cela avait une résonance particulière pour vous ? Est-ce un combat dont vous vous sentez proche ?
M.J. Je ne parlerai pas de "combat" mais d’évidence.

Est-ce aussi parfois un peu le cas en BD ?
M.J. Je ne sais pas ... On nous en parle souvent (à nous les femmes) mais je n’ai pas d’exemple à vous donner. Il est possible que je me sois vu refuser des projets parce que j’étais une femme mais je ne l’ai pas su !

Propos recueillis par Emmanuel LAFROGNE

"Le sang des bâtisseurs" (tome 1) par Le Galli et Marie Jaffredo. Vents d’Ouest.