Laurent Granier : "Un Tintin des temps modernes"



, par Estelle

Comme son illustre prédécesseur à la houpette, Yann Koad est un journaliste qui part enquêter aux quatre coins du monde. Sauf qu’il s’agit cette fois d’un "vrai" reporter qui nous fera redécouvrir de grands évènements de la deuxième partie du XXe siècle. Laurent Granier, l’un des scénaristes avec Renaud Garreta, explique le concept cette prometteuse série "Reporter", véritable coup de cœur de cette rentrée !

Sur votre site internet, vous vous présentez comme auteur-réalisateur, aventurier et explorateur. Pourquoi avoir ajouté scénariste de BD ?
Laurent Granier. Je suis un grand amateur de BD notamment des classiques comme Astérix, Lucky Luke, Tintin,… J’ai aussi toujours eu envie d’écrire des bandes dessinées. Au cours de mes voyages, j’ai découvert beaucoup de choses et me suis souvent dit qu’il y avait matière à raconter une belle histoire. D’ailleurs, mon premier album "Inca" m’est venu parce que j’ai fait 6.000 kilomètres à pied dans la cordillère des Andes. En marchant sur cette grande route inca, je me suis dit que c’était un univers fantastique pour une fiction historique.



Comment est née cette nouvelle série "Reporter" ?
L.G. Depuis longtemps, j’avais envie de créer un Tintin des temps modernes. Même si ce personnage a bercé ma jeunesse, j’ai aujourd’hui du mal à feuilleter un album de Tintin. C’est dur de se mettre dedans. Je voulais un grand reporter jeune et l’envoyer à l’autre bout du monde pour couvrir des évènements. Se retrouver ainsi avec une petite histoire dans la grande. 



Il était important d’avoir un personnage récurent pour assurer la transition entre les histoires ?
L.G. 
On voulait vraiment un personnage central, qui va vieillir, peut-être se marier, avoir des enfants… Aujourd’hui, je ne sais pas encore ce qui va lui arriver. On va également travailler les personnages secondaires comme Rafaela ou Roberto qui vont se construire au fil des albums et devenir des personnages clés de la vie de Yann. Il y a aussi tout un travail sur les personnages dans leur époque. Des vêtements aux voitures en passant par les publicités, tout ce qui se trouve dans ce premier tome appartient à cette réalité historique de 1965 et 1966.

Quel est le concept de la série ? 
Le principe est d’essayer de couvrir des évènements 50 ans après. En 2017 va sortir les derniers jours du Che en Bolivie qui a été assassiné en 1967 puis les évènements de mai 1968 en 2018. Il y aura un album par an. On veut que le lecteur redécouvre aussi les cinq continents. Ensuite, même si Yann est en Bolivie, il peut aussi se passer d’autres choses sur la planète qui peuvent apparaitre dans la bande dessinée.



Est-ce que les coulisses du travail journalistique seront un peu plus développées dans les prochains tomes ?
L.G. Chaque tome doit surprendre le lecteur. On ne veut pas rester sur le même schéma avec cette rédaction à Paris, cette sorte de château de Moulinsart d’où l’on part et où l’on revient à chaque fois. Il y aura peut-être des tomes où l’on se concentrera davantage sur le fonctionnement d’un magazine avec les conférences de rédaction ou l’écriture d’un article. Dans ce premier tome, on suit d’ailleurs Yann dans ses réflexions durant l’écriture de son article.



Ce premier tome raconte l’Amérique de Malcom X et Martin Luther King via une histoire de meurtre certainement inconnue du public français. Raconter la grande histoire via de petites histoires, c’est aussi un peu l’idée de la série ?
L.G.
Tout à fait. On a évidemment des incontournables historiques comme le discours de Martin Luther King à Montgomery ou l’assassinat de Malcom X. En revanche, le meurtre de cette militante blanche est complètement inconnu. Quand on a découvert ensuite qu’il avait été commis par des membres du Ku Klux Klan infiltrés par le FBI, on s’est dit que c’était super intéressant. Cela donne un autre éclairage sur l’évènement majeur dont on parle.



Démarrer cette série par Malcom X et Martin Luther King s’est vite imposé ?
L.G. Cette époque est particulièrement marquée par la guerre du Vietnam. On ne voulait pas faire une énième bande dessinée sur ce sujet. On a alors regardé les évènements de 1965 et on s’est dit qu’il était intéressant de traiter des droits civiques américains. D’autant plus qu’Obama a été le premier président américain à refaire la marche de Selma à Montgomery pour les 50 ans de la commémoration. On se rend compte que ces problèmes liés à la race sont toujours d’actualité aux États-Unis. Des flics blancs qui tuent des méchants noirs, il y en a encore aujourd’hui. On trouvera toujours dans l’histoire des choses incroyablement actuelles. Les choses se répètent. Les retentissements de ces évènements de 1965 ont donc encore une signification aujourd’hui.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Reporter, tome 1. Bloody sunday" de Laurent Granier, Gontran Toussaint et Renaud Garreta. Dargaud. 14,99.