Jean-Marc Mathis et Thierry Martin : le retour du goupil

, par Estelle

Planquez vos poules et vos jambons, Renart est de retour. Interview de Jean-Marc Mathis et Thierry Martin, les deux auteurs du "Roman de Renart" chez Delcourt.

Grâce à deux auteurs nancéiens, Jean-Marc Mathis (en photo) et Thierry Martin, le rusé goupil traîne à nouveau dans les sous-bois et prend un malin plaisir à rouler le cruel mais stupide loup Ysengrin. "Le roman de Renart" (Delcourt), remarquable adaptation en BD du roman de Renart, offre une nouvelle vie, tout en couleur, à un grand classique de la littérature jeunesse.

Comment est né le "Roman de Renart" ?
Jean-Marc Mathis : " Il y a presque mille ans, nos ancêtres du Moyen-âge se racontaient déjà les fameuses histoires du prénommé Renart (avec un "t" à la fin). Ce personnage devint si célèbre, que l’animal qui s’appelait autrefois le goupil, s’appelle désormais le renard (mais avec un "d " à la fin)."

C’était déjà des histoires pour les enfants ?
J.-M.M. : "À la base, Le Roman de Renart n’est pas un texte destiné aux enfants. C’est une satyre de la société. Les héros ne sont ni des rois, ni des princesses, ni des chevaliers, mais des animaux représentant le peuple malmené par les puissants. Composé de courts récits indépendants écrits entre 1170 et 1250 par des auteurs anonymes, le Roman de Renart connaît de nombreuses versions. Il n’y a pas un Roman de Renart, mais "des" Romans de Renart (au moins quatorze !) avec diverses longueurs, des chutes différentes, et ce dès les premières publications. Selon les histoires, Renart marche debout ou n’est qu’un quadrupède à poils, habite une tour ou un terrier, se pavane en armure ou est sans habit."

Qu’est-ce qui vous a plus dans ces histoires ?
J.-M.M.  : "J’avais envie de transmettre aux enfants la joie que j’ai pu ressentir en lisant ces histoires à l’école primaire. Elles m’amusent et montrent qu’on n’est jamais assez méfiant avec les beaux parleurs et autres bonimenteurs."
Thierry Martin : "J’avais d’abord envie de dessiner la nature. Ensuite, c’était le jeu de Goupil et sa façon de manigancer les choses pour arriver à ses fins."

Comment s’est passée l’adaptation en bande dessinée ?
J.-M.M. : "J’ai étudié plusieurs ouvrages, dont Le Roman de Renart à la Pléiade. Le support BD se prête admirablement aux dialogues et, à mon avis, permet de garder au mieux l’esprit du Roman de Renart. Pour les dialogues, je me suis inspiré de la façon de parler un peu ancienne, un peu théâtrale, de l’adaptation de Paulin Paris (1861). Le texte d’origine, en vieux français, était illisible, sauf par des spécialistes, et il a donc fallu faire des choix. Adapter tout en restant proche de l’esprit d’origine. Je veille à ne pas affadir les histoires de Renart, comme cela à été trop souvent fait en littérature jeunesse."

Est-ce différent de dessiner pour des enfants ?
T.M. : "Quand on s’adresse, en particulier à des enfants, l’image doit être lisible et compréhensible dès la première visualisation. Cela ne m’a posé de problème, car j’ai l’habitude de faire des story-boards pour des dessins animés. L’image passe alors pendant une seule seconde à l’écran et l’on doit avoir capté tous ses éléments. Il est donc important qu’elle soit le plus claire possible."

Propos recueillis par Emmanuel LAFROGNE

"Le roman de Renart" (tome 1. Les Jambons d’Ysengrin) par Jean-Marc Mathis & Thierry Martin. Éditions Delcourt, 8,90 €.