Jean-Luc Istin : "On ne peut pas faire peur en BD"

, par Estelle

Fasciné par le film de Romero, Jean-Luc Istin propose sa version de "La nuit des morts-vivants". Ce passionné de série B doit en effet s’adapter au format BD, peu propice au récit d’épouvante.

Pourquoi avoir adapté le film de Romero ?
Jean-Luc Istin. Romero est l’inventeur, le grand seigneur qui règne sur tous les zombies de la terre. Sans lui, pas de zombie moderne comme on peut les voir dans les films, les jeux vidéo et les BD. Nous, les repreneurs qui jouons avec ses morts-vivants, nous lui devons tout.

Quel rapport avez-vous avec son film ?
J-L.I. Celui d’un fan envers une œuvre de "débutant" que je trouve fascinante. C’est un premier film, mais c’est aussi une œuvre fondatrice. Travailler sur ce scénario, c’était une façon de me plonger dans mon passé. J’ai découvert Romero tardivement vers l’âge de 10 ans au début des années 80 et j’ai ensuite très vite visionné le "Shining" de Kubrick, le "Massacre à la tronçonneuse" de Hooper et bien d’autres. Si vous prenez la peine d’observer mon travail sur "La nuit des morts-vivants", vous constaterez que j’insère ces souvenirs du passé dans mon scénario. C’est donc une œuvre de fan.

Pourquoi avoir choisi de le moderniser ?
J-L.I. Parce qu’il est impossible de faire autrement. Le film propose un traitement très linéaire et un rythme trop simple pour une BD d’aujourd’hui. Il fallait le désorganiser, mais pas seulement. Reprendre la trame et la situation telle quelle m’aurait ennuyé et n’aurait guère eu d’intérêt.

Le succès de "Walking Dead", autre série de morts-vivants, vous a encouragé ou au contraire freiné dans ce projet ?
J-L.I. Je fais du zombie non pas à cause de "Walking Dead", car je suis un adepte de ce genre depuis de longues années, mais grâce à "Walking Dead". Son succès a permis de faire taire les réticences des éditeurs à l’idée de faire du zombie. Si ce genre n’avait pas fait peur aux éditeurs, on en aurait fait avant "Walking Dead".

Est-ce compliqué d’adapter un film d’épouvante en BD ?
J-L.I. En BD, on ne peut pas effrayer, surprendre dans un mouvement de caméra, ajouter une musique percutante et angoissante au bon moment. Ça, c’est impossible à réaliser. Ceci étant, on peut choquer d’une autre manière en surprenant le lecteur. En tuant celui qu’on pensait être le héros à un moment inattendu. Il y a toujours moyen de surprendre.
Mais faire peur, je pense que c’est plus que difficile.

Dès ce premier tome, Lizbeth apparait comme un personnage clé de cette histoire. N’est-ce pas nouveau par rapport au film de Romero ?
J-L.I. Non. Dans le film, on suit Barbara et son frère dès le départ, puis lorsque son frère meurt, Barbara devient le personnage principal du film. Lizbeth est "ma" Barbara. J’ai voulu en faire une femme plus moderne, moins effrayée que celle de Romero. Et surtout quelqu’un de torturé par son passé, quelqu’un qui a un rapport étrange avec la mort.

Vous privilégiez les relations entre vos personnages aux scènes d’action. Est-ce que cela sera encore le cas sur les deux prochains tomes ?
J-L.I. Dans le tome 2, il y aura un équilibre entre les deux, mais la relation entre les personnages est toujours primordiale. Vous découvrirez alors qu’il y a un sens à toute cette histoire d’épidémie et que les personnages y sont fortement liés.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"La nuit des morts-vivants", Tome 1. "Les Fautes du père" par Jean-Luc Istin et Elia Bonetti. Vents d’Ouest. 14,50 euros.