Gihef : "J’aime le côté fanfaron d’OSS 117"

, par Estelle

Moins parodique que les films de Michel Hazanavicius, l’adaptation BD d’OSS 117 par Gihef retrouve l’esprit des romans de Jean Bruce. Dans ce premier tome "Tequila Molotov pour OSS 117", Hubert Bonisseur de la Bath est envoyé en mission secrète à Mexico. On l’accompagne avec plaisir !

Comment avez-vous découvert "OSS 117" ?
Gihef. Dans un premier temps, ce sont les films de Michel Hazanavicius qui m’ont plu. Je désirais partir sur cette base, mais ce n’était pas possible pour une raison de droits. Ensuite, Martine Bruce préférait qu’on respecte davantage l’esprit des romans originels, car les films avec Dujardin sont plutôt des parodies de ceux-ci.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce personnage d’Hubert Bonisseur de la Bath ?
G. J’aime son côté fanfaron et sa gouaille déjà fort présente dans les romans (et caricaturée dans les films pré-cités). Il m’est apparu comme un personnage délicieusement arrogant et sarcastique et c’est ce trait d’esprit que j’ai voulu mettre en avant dans sa personnalité.



Quand vous avez commencé à écrire, avez-vous travaillé vos personnages en pensant déjà aux prochains albums ? Il est compliqué de donner de la personnalité à un héros tout en racontant une histoire complète en 48 pages ?
G. Oui, car il fallait poser toutes les bases dans ce premier tome. Je ne suis pas partisan des longues introductions de personnages. De plus, c’est un luxe qu’on ne peut plus s’offrir aujourd’hui compte tenu du marché actuel. Ainsi, dès le début du tome 2, on plongera directement dans l’action en connaissant les personnages et leurs traits de caractère. Dans ce sens, je pense que les albums suivants seront meilleurs, car plus centrés sur les récits.



Il existe 255 romans d’OSS 117. Qu’est-ce qui vous donne envie d’adapter un livre plutôt qu’un autre ?
G. Au début, j’ai demandé à Martine Bruce de sélectionner ce qu’elle jugeait comme les meilleurs romans écrits par son père. Une fois cette sélection faite, j’ai entamé la lecture de l’un ou l’autre roman. Au début, je n’en avais pas beaucoup (ils ne sont pas si faciles à trouver). Mais avec l’éditeur, nous voulions de toute façon opter pour une destination exotique et dépaysante. Mexico (où se déroule ce premier tome) semblait tomber sous le sens. Il y a deux autres tomes en préparation : un en Grèce et l’autre en Inde. Et bien entendu, si le succès est au rendez-vous, il y en aura d’autres. Comme vous le dites, ce n’est pas le stock qui manque...



Ce premier tome se démarque des autres séries du même genre grâce notamment à ses dialogues. Avez-vous piqué des expressions à Jean Bruce ?
G. J’espère ne pas paraître prétentieux, mais la qualité des dialogues est un aspect sur lequel j’essaie de ne jamais lésiner. Pour moi, c’est essentiel pour assurer une lecture fluide et ludique. J’évite les récitatifs autant que possible et mise tout sur le rythme, l’accent et la tonalité des dialogues des personnages. Pour moi, c’est extrêmement important pour définir au mieux l’identité de l’album. Je tâche aussi de faire en sorte que mes personnages ne parlent pas tous de la même manière, ce qui est assez logique somme toute.



Qu’en a pensé Martine Bruce, la fille du créateur d’OSS ? Est-ce que son implication a modifié votre travail ?
G. En fait, elle est rattachée au projet depuis le tout début. Je ne pouvais pas démarcher les éditeurs sans son consentement préalable. J’ai voulu faire les choses dans l’ordre. Elle a donc suivi de très près le développement du projet et l’écriture de l’album. Je suis passé par deux ou trois moutures avant que l’on ne tombe d’accord un résultat final qui nous satisfaisait tous.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"OSS117, tome 1. Tequila Molotov pour OSS 117" par Gihef et Pino Rinaldi. Soleil. 11,95 euros.