Eric Stalner : "C’est le souffle, l’histoire qui compte"

, par Estelle

En seulement trois albums, la série "Flor de Luna" est parvenue à se hisser au niveau des plus grandes sagas familiales tout en développant un univers complètement inédit basé autour du cigare et de la passionnante histoire de Cuba.

Pour quelles raisons avez-vous choisi d’axer cette série sur le thème du cigare ?
Eric Stalner. L’idée est venue de Jacques Glénat, un grand amateur de cigares. Il se trouve que je fume aussi de temps en temps, tout comme Pierre Boisserie, que c’est un thème inédit et que cela ouvre plein d’horizons grâce à la riche histoire de Cuba. Il s’est passé tellement de choses là-bas en deux ou trois siècles. Ce qui est certain, c’est que si la série n’avait été axée que sur le cigare, cela ne m’aurait pas séduit. Bien sûr, c’était un challenge d’intéresser les lecteurs au cigare, ce qui en ce moment n’est pas très politiquement correct. Mais, c’est surtout l’histoire de Cuba qui était très attirante.

La fabrication des cigares est expliquée de manière très didactique et très précise. Il était important d’aller vraiment au bout de votre thème, quitte à devenir un peu trop scolaire ?
E.S..
C’est un peu un passage obligé, même si certains peuvent trouver cela superflu. Dans le cadre des bandes dessinées historiques, c’est bien de montrer comment cela fonctionne. Pour moi, ce n’est pas didactique, mais explicatif. À partir du moment où l’histoire se déroule dans une fabrique de cigares, on ne peut pas y échapper.



Vous avez fait du repérage à Cuba ?
E.S..
Non, j’aurais bien aimé... Nous nous sommes en revanche rendus en Suisse pour discuter avec un gros revendeur de cigares cubains puis chez un producteur français qui fabrique des cigares à la manière des Cubains. Il nous a tout expliqué. Il choisit par exemple une terre avec les mêmes caractéristiques en taux d’humidité et en ensoleillement. Il a aussi fait venir des Cubains pour travailler avec lui. C’est donc la même méthode pour couper les feuilles et les rouler. On ne peut évidemment pas qualifier ses cigares de cubains, mais ils sont tout aussi savoureux à fumer.

Dans ce genre de série historique, il est important d’être très précis ?
E.S..
C’est important, encore que ce soit le souffle, l’histoire qui compte. Cette précision donne un peu de réalisme, de vérité à l’ensemble. Ce n’est pas le plus essentiel, mais cela aurait été dommage d’être un peu léger sur cet aspect là. Cela aurait rendu la série un peu superficielle. Mais "Flor de Luna", c’est avant tout une histoire de famille, de vengeance et de passion.

Est-ce que d’autres séries de bandes dessinées vous ont inspiré pour cette grande saga familiale ?
E.S..
Au départ, l’idée était de faire quelque chose dans le style des "Maîtres de l’orge". Il n’était bien sûr pas question de copier, mais de s’inspirer de cet esprit que l’on peut aussi retrouver dans la Dynastie des Forsyte (NDLR : écrite par le romancier anglais John Galsworthy au début du XXe siècle).

Comment pouviez-vous ensuite vous en démarquer ?
E.S..
Il y a plein de choses qui font que ce n’est pas la même chose. L’histoire est très différente, les personnages aussi. Cela se passe également à Cuba et nous avons lié le passé au présent avec des histoires parallèles.

Vous avez également opté pour un découpage particulier, avec des cycles de trois tomes axés sur des périodes bien précises...
E.S..
Il est intéressant de suivre une génération au moment de la fin de l’esclavage et du début de la commercialisation des cigares en Europe. C’est un moment important dans l’histoire de Cuba, de l’Espagne et de toute l’Europe. On avait vraiment envie de parler de cette période. Pour le deuxième cycle, on a choisi de faire un saut dans le temps et de nous focaliser sur un autre moment important de l’île avec l’intervention des États-Unis. Mais, il faudra patienter un peu avant de lire ce tome 4, car nous sommes tous très occupés sur d’autres projets...

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne


"Flor de Luna" (tome 03. "La Fabrica") de Pierre Boisserie, Eric Stalner et Eric Lambert. Glénat. 13 euros