Clément Baloup : "Creuser aux racines du mal"

, par Estelle

Des coups de poing, il y a en quelqu’un dans cette très originale histoire d’enfants devenus soldats. Mais le véritable coup de poing, c’est celui que ce récit assène au lecteur, qui ne pourra pas relâcher "Le ventre de la hyène" avant d’en découvrir l’issue forcément fatale.

En postface, vous écrivez que le point de départ a été l’envie d’écrire une histoire "crue"...
Clément Baloup. Je voulais une histoire sans concession, créer un personnage qui ne justifie pas ses actes au regard de valeurs, mais uniquement en fonction de son impératif de survie. Finalement cela s’est rapproché d’une vision très réaliste.

Dans votre album, la violence est aussi cruelle à Marseille que dans des pays africains en guerre. Il y avait la volonté de mettre ces deux réalités sur le même plan ? Est-ce une manière de dénoncer cette montée de la violence ?
C.B. En réalité, je ne dénonce rien du tout, je cherche plutôt à creuser aux racines du mal et exposer ce que j’y trouve. La violence, qu’elle se déroule dans un pays en guerre où dans les cités des villes françaises, a quelque chose de terrifiant et de fascinant, et j’ai voulu rapprocher plusieurs réalités. Les drames que l’on voit aux infos dans tel pays d’Afrique ou tel pays d’Asie nous concernent tous. À mon sens nous, terriens, sommes tous dans le même bateau et se désintéresser de ce qui se passe un peu plus loin n’est pas la bonne solution.

Pourquoi citer Marseille justement alors qu’aucun pays africain n’est mentionné ?
C.B. Le fait que l’histoire se déroule en partie à Marseille, c’est un penchant que j’ai de vouloir parler de ce que je connais, ou d’y relier les histoires que je raconte.



Ne pas contextualiser votre histoire et vous centrer uniquement sur le destin de ces deux frères, c’est ce qui la rend si forte ?
C.B. Initialement j’ai essayé de me mettre à la place du héros, Talino, de voir avec ses yeux. Il n’a pas conscience des frontières et des conflits qui l’entourent, sa vie est prise dans un tourbillon et les drames par lesquels il passe pourraient advenir dans de nombreux pays. Ce n’est pas un événement qui est scruté, mais une cascade d’événements. Sur cet angle du scénario, j’ai bénéficié de l’aide précieuse de notre éditeur, Antoine Maurel.

Cela reste malgré tout un album très ancré dans la réalité et rappelant de nombreux faits d’actualité...
C.B. J’évoque des pays ayant subi des conflits dans la postface. Mes sources sont principalement des articles de presse sur le Rwanda, la Sierra Leone, le Tchad... Je me suis aussi nourri de nombreuses discussions avec des gens qui vivent ou ont vécu en Afrique. Après avoir écrit le scénario, j’ai également lu l’excellent "Allah n’est pas obligé" de Kourouma et j’ai été surpris qu’il y ait tant de croisements avec "Le ventre de la hyène".



Il existe aujourd’hui beaucoup d’enfants soldats abandonnés ou volés à leur famille ? Vous avez approfondi ce thème pour l’écriture de cet album ?
C.B. Ce que j’ai découvert sur la réalité du phénomène des enfants-soldats est effarant, mais je n’ai pas voulu que cela devienne le thème principal de l’album. C’est un des thèmes. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un enfant soldat, cela sera un de trop !

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Le ventre de la hyène" par Baloup et Alliel. Le Lombard. 19,99 euros.