Chabouté : l’affaire Landru revisitée

, par Estelle

Librement adapté de la version "officielle", le scénario de Christophe Chabouté revisite l’affaire Landru et ouvre de nouvelles perspectives. Interview.

Avec "Henri Désiré Landru" qui paraît chez Vents d’Ouest (17,99 euros), Chabouté mêle les atrocités de la Grande Guerre à l’affaire et construit d’un trait toujours aussi envoûtant un passionnant polar noir (et blanc).

Pourquoi Landru ?
Chabouté. Au départ, je trouvais qu’il avait une tête intéressante à être dessinée. Mais on ne fait pas un bouquin seulement sur une tronche donc j’ai commencé à lire sa biographie. Il s’avère que l’histoire est aussi intéressante avec pas mal de zones d’ombres dans l’enquête. Je suis alors parti de tous les faits avérés dans l’histoire de Landru et j’y ai greffé une autre histoire.

Pourquoi avoir choisi de vous écarter de la version "officielle" ?
Quand j’attaque un bouquin, il me faut un défi à relever. Il fait bien avouer que Landru traîne de sacrées casseroles et je trouvais amusant d’essayer d’innocenter quelqu’un que tout accuse. Les deux ans d’instruction, l’enquête et le procès : c’est tout ce que l’on sait. Mais on n’a jamais su quand et comment il les avait tués. Rien n’a jamais été prouvé. On se doute qu’il était l’assassin, mais il n’y a pas de preuves indiscutables.

Il était important de surprendre le lecteur ?
C’est le but du jeu. Il existe assez de biographies de Landru sans en ajouter une supplémentaire en bande dessinée. Cela ne m’intéresse pas non plus de faire de l’historique pur sans pouvoir y amener mon grain de sel. Je trouve dommage de raconter sans prendre plus ou moins position. Landru m’a donc permis de parler de la guerre de 14-18. Cela serait prétentieux de condamner, mais je voulais montrer d’une certaine manière ce qui se passait dans les tranchées. Des soldats qui pataugeaient dans la boue et se faisaient plomber.

Vos albums laissent une grande place au dessin et au silence...
C’est très important, car je me sens plus à l’aise dans les silences que dans les grands discours. Souvent, cela peut aussi en dire plus qu’une tartine de texte. Dans ma conception de la bande dessinée, j’utilise alors le texte pour ce que je n’arrive pas à dessiner et inversement le dessin pour ce que je ne sais pas écrire. Le complément des deux me permet d’avance dans une histoire.

Cela se traduit aussi par des albums de plus d’une centaine de pages...
C’est vraiment une liberté de ne pas être coincé dans 48 pages. Cela me permet d’amener progressivement et doucement une ambiance et de prendre le temps de raconter certaines scènes sans un seul mot. On me reproche souvent que mes livres se lisent vite. Cela ne me dérange pas à partir du moment où il en reste quelque chose. Je préfère cela à un album que l’on lit pendant deux heures puis que l’on oublie.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne

- A (re)découvrir par ailleurs :
Les éditions Vents d’Ouest viennent de publier une intégrale réunissant ses quatre premiers albums noir et blanc : "Pleine lune", "Zoé", "Sorcières" et "La bête".
"Ce sont des histoires où le lecteur marche sur le fil entre le quotidien et le fantastique, résume l’auteur. C’est comme se balader en forêt. C’est très agréable l’après-midi, mais cela devient beaucoup plus inquiétant en pleine nuit. C’est pourtant la même forêt." "L’intégrale", par Chabouté, Vents d’Ouest (25€).
En novembre, c’est un coffret regroupant les trois tomes de "Purgatoire" qui prendra place sur les étals des libraires. Dans cette subtile chronique sociale en couleur, un jeune homme écrasé par une voiture va être renvoyé sur terre sous la forme d’une "conscience" avec la mission de ramener un vivant dans le droit chemin. "Coffret Purgatoire", par Chabouté, Vents d’Ouest (39€).