Binet : Internet pour les nuls


, par Estelle

Tout le monde surfe sur internet aujourd’hui, même les Bidochon ! Avec ce nouvel album du couple le plus célèbre et le plus poilant de la bande dessinée, Binet s’attaque avec beaucoup de malice et d’ingéniosité aux e-mails, aux spams, au commerce en ligne et à la hotline.

Dans quel état d’esprit entamez-vous un nouvel album des Bidochon ?
Binet. J’ai plutôt de l’angoisse quand je commence et de la satisfaction quand je le termine. Quant à la tendresse, elle est évidente pour tous ceux qui connaissent la BD. Je pense d’ailleurs que cette série n’aurait pas eu le succès qu’elle connaît si les personnages étaient perçus d’une façon négative. Je n’ai toutefois jamais cherché à faire "populaire". J’ai seulement le souci d’être compris du plus grand nombre.

Comment choisissez-vous le sujet d’un nouvel album des Bidochon ?
B.. C’est un peu la société qui me donne les sujets, particulièrement quand ils changent nos comportements. Ce fut le cas des portables que j’ai abordés dans le dix-septième tome. Quant à internet, cela a suffisamment envahi notre quotidien pour que les Bidochon s’en emparent. Ils ne cherchent pas à être originaux. Au contraire, ils veulent ressembler au plus grand nombre pour ne pas passer pour des ringards aux yeux des autres. Ils auront donc internet non parce qu’ils en ont l’utilité, mais parce que tout le monde surfe sur internet aujourd’hui.


Avez-vous galéré vous-même avec Internet ?
B.. Pas plus que ça. J’ai entamé ce travail en lisant des bouquins, en surfant sur le net et en fréquentant les forums, histoire de trouver des galères techniques pouvant être exploitées. Les anecdotes cocasses que je peux glaner ici où là ne me sont d’aucune utilité, car elles sont déjà des histoires en elles-mêmes et elles brident mon imaginaire. J’ai besoin de plus de neutralité. Les difficultés techniques récurrentes, par exemple quand on se lance pour la première fois sur le web, ont été ma principale source d’inspiration. Mais, trouver des gags n’est pas particulièrement facile. C’est de l’horlogerie et ça demande d’y consacrer beaucoup de temps. D’ailleurs, je mets un mois pour écrire le texte et trois jours pour dessiner les pages.


Graphiquement, faire un album sur internet, ce n’était pas un peu ennuyeux ?
B.. Si je m’ennuie sur un projet, je suis incapable de le réaliser. C’est la raison pour laquelle j’ai cherché un moyen pour ne pas faire 45 pages avec deux personnages derrière un ordinateur. Je suis donc parti du principe qu’internet permettait de tout avoir dans son salon. Ainsi, s’ils sont envahis par un virus, celui-ci se radine aussitôt sur leur canapé. Le code est directement établi, et ça marche très bien. En rendant réel tout ce qui était virtuel, je me suis ainsi donné un champ d’action plus large.

Savez-vous déjà de quoi parlera le prochain tome ?
B.. Je dois avouer que ça me paralyse, car il s’agira du tome 20. C’est important pour moi. Je dois trouver un thème assez général, représentatif. Des thèmes, j’en ai trente d’avance, mais les Bidochon ont évolué : ils ont désormais un portable, ont accès à Internet... Ce ne sont plus les mêmes qu’il y a 30 ans, ce sont des héros de notre époque. Certaines choses, comme par exemple la vie de couple, les vacances, ne changent pas, et d’autres font que nos comportements se modifient. Les Bidochon, qui sont des Français moyens, participent à ces changements.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne



"Les Bidochon : Internautes", tome 19 Par Binet, Éditions Fluide Glacial (9,95€)

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