Arnaud Le Gouëfflec : "L’histoire d’un chanteur qui se trouve être Dominique A"

, par Estelle

Bien qu’influencé par les chansons de l’artiste, "J’aurai ta peau Dominique A" n’est pas destiné aux seuls fans du chanteur nantais. Pour son scénariste Arnaud Le Gouëfflec, c’est davantage une fiction sur un chanteur qui vit loin des sunlights. Et c’est une belle réussite.

Écrire un album sur Dominique A est original, mais en faire une fiction l’est encore plus. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Arnaud Le Gouëfflec. J’ai eu l’occasion d’écrire un album pour la chanteuse ooTi en 2011, avec le musicien John Trap. Comme ooTi avait fait la première partie de Dominique A et qu’elle avait sympathisé avec lui, elle lui a proposé de chanter deux duos sur le disque "La Boîte à ooTi".
Du coup, je me suis réintéressé aux disques de Dominique A que j’avais "loupés", en gros après l’album "Remué" et avant "La Musique". Au moment de trouver l’idée de cette BD, j’étais donc plongé dans l’écoute de ses disques. L’idée d’en faire une fiction nous a plu, à Olivier et moi, car c’était totalement décalé et inattendu.

Est-ce que la fiction permet de mieux dévoiler sa personnalité ?
Je n’en sais rien, car je ne connais pas Dominique A suffisamment pour connaître sa personnalité. Je ne peux que supposer d’après ce que j’ai vu ou entendu.
A.L.G. Justement, si l’histoire est purement fictionnelle, avez-vous essayé d’être le plus proche possible des personnages, d’essayer de cerner leur personnalité ?
Tous les personnages sont fictionnels, sauf Philippe Katerine et Dominique A, que nous avons imaginé après avoir écouté ses chansons. C’est un personnage créé d’après un ressenti lié à l’écoute des chansons. Quelque chose d’intime se dégage toujours des chansons de quelqu’un, mais en même temps, Dominique A n’a quasiment jamais ouvertement écrit de chansons autobiographiques. Quant à Katerine, il est caricaturé sous les traits d’un chanteur de variété, ce qui est évidemment très loin de la réalité. Donc non, le but n’était pas de cerner des personnalités, mais de transformer des personnes publiques en personnages de bande dessinée.



Menacé de mort, Dominique A se révèle très angoissé. C’est une manière de montrer qu’une situation extrême pousse à se dévoiler ?
A.L.G. Disons que lorsqu’on est confronté à des situations limites dans ce genre, l’angoisse et l’urgence nous font nous poser la question de notre identité réelle. « Qui suis-je, au fond ? » C’est le sujet de la BD.

Philippe Katerine reproche à Dominique A de faire de la chanson d’auteur depuis 20 ans et lui conseille de changer d’époque. Il était important de ne pas en faire une icône et aussi de le bousculer ?
A.L.G.
Il faut choisir entre l’icône et le personnage de BD ! Ici, il fallait montrer un chanteur qui a une vie loin des sunlights, et qui est sujet à une remise en question radicale. La phrase de Katerine joue ce rôle : en lui posant la question, il le pousse dans ses derniers retranchements.

Est-ce que vous-même, pour éviter de vous laisser enfermer dans un style, vous essayez toujours de bousculer les codes établis par vos albums précédents ?
A.L.G.
Disons simplement qu’on essaie de faire de nouvelles choses, pour garder l’envie et de la fraîcheur. Je recherche le télescopage des genres, les idées décalées, parce que ça me stimule.

Par ses multiples clins d’œil, cet album réjouira tous les fans de Dominique A. Mais, avez-vous été attentif à ne pas laisser les autres sur le bord de la route ?
A.L.G.
Ce n’est pas un album pour fans de Dominique A, mais juste l’histoire d’un chanteur qui se trouve être Dominique A. Il s’adresse d’abord aux gens qui ne le connaissent pas. C’est plutôt l’inverse en fait : on a pensé à ceux qui ne le connaissaient pas et, pour ne pas laisser ses admirateurs sur le bord de la route, on a parsemé l’album de références invisibles. C’est un jeu de pistes, mais qu’il n’est pas nécessaire de suivre pour apprécier la BD. Disons que c’est comme un morceau caché sur un disque.





Est-ce que la musique de Dominique A a influencé directement le ton de cet album ?
A.L.G.
Oui, on s’est "servi" des chansons comme de stimulants pour construire l’intrigue. Comme ce sont des chansons imagées, elles provoquent des associations d’idées, des situations. On s’est donc amusés à charpenter notre récit avec des morceaux de chansons.



Dominique A a écrit la préface après avoir lu quelques planches. Quelle a été sa réaction à la publication de l’album ?
A.L.G. Il a beaucoup aimé, ce qui nous a rassurés !

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"J’aurai ta peau, Dominique A" par Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez. Glénat. 16 euros.