Andrea Iovinelli : "Je suis un fanatique de science-fiction"

, par Estelle

Après avoir grandi avec "Star Wars" et "Blade Runner", Andrea Iovinelli a choisi d’écrire ses propres scénarios de science-fiction. "Ecube" se déroule dans un futur où les robots ont pris une place très importante dans la société. Autour de cet univers plausible, cet auteur italien très prometteur a construit une intrigue suffisamment compliquée pour accrocher le lecteur.

Est-ce que l’on doit classer "Ecube" parmi les mangas ou les albums de BD franco-belge ?
Andrea Iovinelli. J’espère simplement que l’on puisse le classer parmi les bons albums. Je ne fais pas de différences entre BD, manga, fumetto ou historieta, parce que je ne vois la raison d’en faire du moment que je trouve un récit de qualité. Pour nous, ce n’est pas la forme extérieure qui est importante, mais le contenu, la matière, l’essence dont est faite l’histoire que nous allons raconter. Ce n’est pas une question importante de savoir si cela sera sur 46 ou 240 pages, en couleur ou en noir et blanc.



La frontière entre les deux est moins marquée en Italie ?
A. I.
Non, pas du tout. Je pense qu’il n’y a pas moins de différences. Le fumetto classique, que l’on peut trouver aujourd’hui dans les kiosques, propose un dessin très réaliste. Peut-être que l’on pourrait parler de similarité entre manga et BD italienne en ce qui concerne la longueur du récit. Comme il se développe sur une centaine de pages par volume, cela lui donne une forme de narration beaucoup plus cinématographique que dans la BD française. Mais, les diversités restent bien marquées.



"Ecube" est un thriller futuriste. Qu’est-ce qui vous plaît dans la science-fiction ?
A. I.
J’ai grandi avec la science-fiction. Avec "Star Wars", "Blade Runner", et surtout avec tous les dessins animés japonais qui ont envahi l’Italie depuis le début des années 80. Je mangeais pain, Nutella et science-fiction. C’est encore plus fort que plaire. J’aime, j’adore la science-fiction ! J’en suis un fanatique ! Ce qui me plaît, c’est la grande liberté qu’on y peut trouver pour raconter une histoire, sa capacité unique de débrider la fantaisie. C’est un territoire à la frontière entre la magie et la réalité. On peut décrire des mondes fantastiques et laisser vaguer l’imagination pour faire rêver les lecteurs, ou les faire réfléchir avec des contes symboliques, et même les terroriser, tout en restant vrai et plausible. C’est une liberté exceptionnelle qu’aucun autre genre narratif ne pourra jamais offrir. Et puis, c’est tout simplement passionnant !



"Ecube" présente une société où tous les travaux difficiles et pénibles sont effectués par des robots. C’est une révolution qui a déjà débuté avec la mise en place de nombreuses machines dans les usines. Pensez-vous que cela puisse un jour aller aussi loin que dans votre album ?
A. I. Tout à fait. Il y a trente ans, il était absolument impossible d’imaginer, de concevoir ou même d’envisager notre réalité d’aujourd’hui avec internet, le téléphone mobile, l’ordinateur portable, la nanotechnologie, le génie génétique. Et tout ça est arrivé en seulement trente ans, ce qui signifie que l’on ne peut jamais prévoir l’évolution dans cent ou deux cents ans. Pour revenir à l’album, le pense que tout ce qui se passe est plus que vraisemblable.

Au fur et à mesure du récit, tous les protagonistes sont en droit de se demander s’ils ne sont pas devenus des robots C’est la grande idée de cette série...
A. I. Tout le projet est né d’une unique et simple image, très forte, qui a frappé intensément mon imagination : la coupure du doigt et la découverte d’être un robot. Cette image a émergé de façon puissante, inspirée par la lecture d’un splendide récit court, "Deus ex machina" écrit en 1963 par Richard Matheson, l’un de mes auteurs préférés. À partir de cette image, de cette vision isolée, j’ai construit pièce par pièce l’histoire d’Ecube.

Ce premier tome marque le début de l’enquête de l’inspecteur Sam Baron. On a l’impression qu’il va mettre les pieds dans une énorme machination ?
A. I. Ah, je ne sais pas (sourire) ! Vous allez le découvrir au fur et à mesure de l’histoire, mais je peux toutefois déjà vous annoncer que rien ne sera clair jusqu’au bout ! Pour saisir totalement le sens d’"Ecube", il faudra vraiment lire le récit dans sa totalité jusqu’à la fin des quatre albums !

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne

"Ecube" (tome 1. "De chair et d’acier") de Andrea Iovinelli et Dall Oglio. Humanoïdes Associés, 12,90 euros.