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Commentaire de Fabrice Neaud (14 mai 2005):
"Quand on m'a demandé de faire cette dalle, je ne savais absolument
pas quoi faire. J'ai toujours trouvé cette idée de dessiner dans
le ciment atrocement laide et non appropriée. Le ciment est un matériau
qui ne se prête pas du tout à ce type de performance où
faut-il être ouvrier en bâtiment en plus d'être dessinateur.
Après tout, on ne demande pas à un maçon de refaire le
Dome de Milan avec des feuilles Canson…
L'excuse alléguée par les inventeurs de cette fabuleuse idée
était le "vieillissement" de la dalle, comme à Pompéï…
Excusez du peu. Sauf que Pompéï, c'est de la pierre et du marbre
et des ruines vieillies ainsi évoquent un passé de grandeur que
le béton ne fera qu'imiter pathétiquement: il suffit pour s'en
convaincre de voir la tête d'un abribus des années 80 en train
de vieillir. Tout au mieux subit-il les honneurs d'un bon taggeur.
Bref, la seule solution fut pour moi d'enfouir des objets et de faire de cette
dalle une vraie dalle. De surcroît, comme on me parlait de Pompéï,
j'ai un peu bêtement pensé à Naples > polar > maffia
> meurtre de petites frappes gênantes les pieds dans le béton
au fond du fleuve… plus sérieusement, j'ai enfoui cinq objets symboliques
pour moi: ma plume, le livre Si c'est un homme de Primo Lévi,
quelques diapositives signifiantes de la période que je traversais et
je ne sais plus quoi.
… J'ajoute que certains dessinateurs, en faisant du bas-relief, comme
ce fut le cas de Mazan en premier puis de Marc-Antoine Matthieu à sa
suite, ont parfaitement su répondre à la demande en utilisant
bien le matériau tel qu'il devait l'être, à savoir en
sculptant la pâte avant qu'elle durcisse. Mais encore une fois, on
est dessinateur, pas sculpteur, tous les dessinateurs ne peuvent avoir cette
autre corde à leur arc, en atteste, à mon sens, la laideur du
résultat de la plupart. Ou comment continuer à ne pas savoir quoi
inventer de pertinent autour de la bande dessinée." |