UN OCÉAN D’AMOUR

, par Estelle

L’aventure extraordinaire d’un vieux marin perdu au milieu de l’eau et de sa Bigoudène de femme prête à traverser l’océan pour le retrouver. Une BD muette, sans aucune bulle, mais terriblement pétillante.


C’est la routine : comme tous les matins, avant même le lever du soleil, un vieil homme avale une copieuse galette cuisinée par son épouse en écoutant la radio, prend sa besace contenant les boîtes de sardines à l’huile qu’il ne supporte plus, et embarque sur la Maria, son petit bateau de pêche. Tellement petit qu’un jour, il se retrouve pris dans les filets d’un immense navire de pêche industrielle. Mais pas question pour le vieil homme de quitter sa frêle embarcation.
Vers qui d’autre Lupano ("Les Vieux Fourneaux") pouvait-il se tourner pour dessiner cette histoire intégralement muette ? Déjà rompu à l’exercice avec "Toby mon ami" et l’excellent "Match", le dessinateur Grégory Panaccione utilise l’écriture automatique sans crayonné préliminaire. Son trait est rond, expressif et vif. Et cette histoire incroyable a beau être entièrement sans bulle, aussi muette qu’un poisson (hormis la rigolote quatrième de couverture), elle est parfaitement fluide et limpide. C’est une véritable histoire d’amour qui est décrite dans cet album de 220 pages qui ressemble à une énorme boîte de sardine : celle entre un vieux pêcheur maigrichon et bigleux et sa rondouillarde épouse, bigoudène jusqu’au bout de la coiffe, prête à partir au bout du monde pour retrouver son naufragé de mari. Mais on y "parle" aussi d’écologie - la pollution des océans et la raréfaction du poisson liée à la pêche intensive industrielle - et de piraterie moderne. On a même droit à la compagnie d’une mouette tout droit sortie d’un album de "Gaston Lagaffe". Bref, dans cette drôle de boîte de sardine de librairie, le duo Lupano-Panaccione démontre qu’on peut faire de la poésie sans vers ni mots, bravo !

- Delcourt