SMOKE - T1. La main de Caïn

, par Estelle

Un thriller palpitant prenant pour héros un tueur albinos manipulé par son gouvernement dans une Angleterre futuriste en pleine crise financière et sociale.

Ancien soldat d’élite et assassin au service du gouvernement britannique, Rupert Cain a sa conscience pour lui. Jusqu’au jour où son ancien patron est assassiné, et qu’il a la mauvaise idée de chercher à en comprendre les raisons. Cain se retrouve plongé au coeur d’un complot politico-financier international.
Les influences d’Alex de Campi, la scénariste, il ne faut pas aller les chercher bien loin : un parcours international en tant que journaliste d’abord puis dans les analyses financières ; toute la collection des "James Bond" de Ian Fleming dévorée à l’âge de 9 ans ; et puis surtout une maman travaillant à la CIA et un papa à la National Security Agency ! Rien d’étonnant donc à ce que quelques années plus tard, elle nous livre un roman d’espionnage.
"Smoke" - qui a reçu un très bon accueil aux Etats-Unis - n’a cependant rien à voir avec le poussiéreux roman d’espionnage à la mode britannique sur fond de guerre froide : albinos assez antipathique, Ruppert Cain n’est pas James Bond, la crise est pétrolière et l’action se situe dans un Londres plus ou moins futuriste, décadent et au bord de la faillite économique. Les terroristes y sont aussi d’un nouveau genre : la Brigade du Droit à la Beauté use de moyens extrêmes pour dénoncer "la conspiration des groupes agroalimentaires pour forcer les honnêtes prolétaires à devenir une sous-classe d’obèses".
Bien sûr, l’album n’échappe pas à la théorie classique du complot avec des gouvernants fantoches manipulés par des hommes de l’ombre aux intentions pas très claires, en l’occurrence "Les hommes tranquilles". Mais tout ce qui fait un bon thriller est bien là : une intrigue touffue, des scènes d’action violentes d’une grande efficacité et une critique acerbe de la société - qui se voit jusque dans les panneaux publicitaires -, de la société de consommation aux clivages sociaux en passant par la manipulation des masses grâce aux pouvoir des médias. Ca bouge beaucoup, c’est parfois un peu dur à suivre, mais c’est palpitant. Le dessin du Croate Igor Kordey y est certainement aussi pour beaucoup. Le dessinateur qui a notamment travaillé sur les X-Men pour Marvel a un talent certain pour les scènes d’action et leurs mises en scène.

- Delcourt