RITUELS

, par Estelle

Un album choral où l’on découvre de très étonnantes histoires dont le point commun est la présence d’une statuette phallique… Un roman graphique envoûtant mais qui laisse un peu sur sa faim.

On pourrait résumer l’intrigue de "Rituels" en commençant ces deux jeunes Espagnols qui emménagent au dessus d’un appartement inhabité servant uniquement, leur dit le propriétaire, d’entrepôt à un antiquaire ; les mois passant, la curiosité des jeunes gens monte. Or il ne s’agit là que du début d’un hallucinant puzzle, un mélange d’une dizaine d’histoires apparemment sans lien : un homme se liquéfiant littéralement devant les clients d’un café ; une préceptrice qui tombe amoureuse du riche veuf chez qui elle travaille ; un auteur de BD disparaissant à Malte alors qu’il est parti à Malte se documenter sur Caravage ; une jeune femme qui s’exhibe nue devant sa webcam pour arrondir ses fins de mois ; un vieux norvégien qui passe ses journées à fabriquer de drôles de figurines en bois…
Álvaro Ortiz a un vrai talent de conteur, il l’a montré précédemment dans "Cendres" et dans l’étonnant "Murderabilia". Voilà donc une nouvelle fois le lecteur emporté par cette succession de récit courts empreints d’humour noir, souvent macabres, qui tranchent avec le ton relativement léger de la narration, le dessin rond et les couleurs douces des planches. Au fur et à mesure des récits - qui passent allègrement de l’Angleterre victorienne à l’Espagne contemporaine en passant par l’Italie mussolinienne de 1938 -, on se rend compte de la récurrence d’une mystérieuse statuette en bois au sexe démesuré. Rapidement, son influence sur le destin des différents protagonistes parait évidente… Mais qui est-elle ? Porte-malheur, divinité démoniaque, objet extraterrestre ? En laissant la porte ouverte à toutes ces interprétations mais en n’apportant pas de réponse en fin d’album, "Rituels" s’achève tout de même sur un sentiment de frustration, d’autant plus fort que l’auteur espagnol aura su tenir en haleine son lecteur jusqu’au bout.
A noter que l’album fait partie des ouvrages sélectionnés pour le prix du meilleur livre d’auteur espagnol du Salon del Comic de Barcelone 2016.

Dessin et scénario : Álvaro Ortiz - Editeur : Rackham - Prix : 22 euros.