PROIES FACILES

, par Estelle

Espagne, 2014. Plusieurs personnes travaillant dans le secteur bancaire meurent empoisonnées en l’espace de quelques jours. Un polar social cynique rondement mené, dénonçant les abus des établissements financiers.

"Les proies faciles" seraient-elles devenues des chasseurs ? En mars 2014, en Espagne, un jeune commercial est retrouvé mort empoisonné chez lui. Les inspecteurs Olga Tabares et Carlos Sotillo sont chargés de l’enquête mais rapidement les morts s’enchaînent : une directrice de succursale, un ancien directeur général, une contrôleuse financière, un directeur commercial… Bref, un organigramme de grands établissements financiers, de ceux qui ont participé au scandale des "actions préférentielles" en Espagne en incitant des centaines de milliers de petits épargnants à investir les économies d’une vie dans des placements à risques, pourtant présentés comme sûrs…
La "notice d’utilisation" en préambule de l’album et la brève séquence d’introduction ne laissent guère de place au doute quant au mobile du ou des meurtriers. Car, même si "Proies faciles" se présente comme une enquête policière fluide et cohérente, le but de Miguelanxo Prado est bel et bien de dénoncer le système international de la finance et les conséquences dramatiques sur la vie des petites gens. Se basant sur de multiples articles de presse racontant la descente aux enfers d’épargnants ruinés, l’auteur espagnol des "Chroniques absurdes" tient des propos engagés qui transpirent volontairement au fil de belles planches réalistes en niveau de gris. Qu’importe donc si les morts se succèdent trop vite pour que le duo attachant d’inspecteurs ait le temps de s’intéresser à leur vie, de procéder à une longue recherche d’indices, de se perdre dans les fausses pistes et d’échafauder différentes d’hypothèses. Prado assume que ces victimes soient finalement moins sympathiques que leur(s) meurtrier(s). On les comprendrait presque.

Dessin et scénario : Miguelanxo Prado - Editeur : Rue de Sèvres - Prix : 18 euros.