NIC OUMOUK - T1. Total souk pour Nic Oumouk

, par Estelle

Larcenet quitte la campagne pour la banlieue parisienne dans une nouvelle série qui vise un public plus large que d’habitude. Un premier tome drôle et plein de promesses.

"Comment que c’est dur la vie de délinquant, je ne sais pas si je pourrai faire carrière...". Changement de décor pour Larcenet : après les bons chasseurs de la campagne des Ravenelles, c’est aux petits caïds des banlieue qu’il s’intéresse désormais. Le héros, Nic Oumouk (de l’expression "nicoumouk" qu’on trouve notamment dans "La vérité si je mens" et chez les rappeurs de NTM), est un gamin désoeuvré d’une cité HLM où se mêlent rap, tags, école buissonnière, racket et délinquance. Une banlieue probablement comme une autre s’il n’y avait la présence d’un super héros, Edukator, le terrible justicier de l’orthographe qui fait régner la terreur chez les gamins du "9-3".
Avec "Nic Oumouk", Larcenet opte pour la série d’aventures comiques du XXIe siècle. Y aurait-il un petit vent de retour aux sources dans l’air ? Cette nouvelle série rappelle en effet davantage les aventures d’un "Bill Baroud" (Fluide Glacial) que les récits intimistes et introspectifs du "Combat Ordinaire" et du "Retour à la Terre" ou la gravité de "Vincent Van Gogh : la ligne de front". L’histoire est simple, voire un peu naïve, plus enfantine que d’habitude en tout cas.
Ici Larcenet s’approprie les standards de la banlieue, ses looks et ses tics de langage, alors cela semble forcément un peu caricatural. Mais la patte Larcenet est là et l’album mérite bien sa place au sein de la collection poisson Pilote. Derrière des situations drôles, on retrouve des personnages très attachants, bien campés et dont on sent qu’ils ont toute une histoire derrière qui sera probablement développée dans les épisodes suivants. Ainsi le jeune Nic, tout apprenti délinquant qu’il est, ne souffre-t-il pas moins de l’absence d’un père "parti construire une autoroute depuis cinq ans en Finlandalousie", selon les dires de sa mère. Outre Nic, génialement pathétique, d’autres portraits sont de vraies petites perles comme la grand-mère du héros (dont on ressent la haine du gendre disparu), le caïd qui le rackette (qui porte le nom de Yannick Noah, normal pour un racketteur !) ou encore le prof de gym adepte de arts martiaux.
Bref, tout un univers qui se met en place dans ce premier tome et qui ne manquera pas de séduire les adultes et les fans de l’auteur.

- Dargaud