MONGO EST UN TROLL

, par Estelle

Une histoire d’amitié (et d’amour) entre deux vieillards et une sorcière dans un univers d’héroïc fantasy revisité. Un récit original et déroutant à découvrir.

"Mongo est un troll", c’est une sorte de mélange d’ambiance médiévale fantastique et parodique façon "Donjon" de Tronheim et Sfar, de personnages borderline sortis de l’univers de l’écrivain américain Charles Bukowski et de décors inspirés des tableaux des Flamands Bosch et Bruegel. C’est surtout un album surprenant de Philippe Squarzoni davantage connu pour ses récits politiques ("Garduno, en temps de paix", "Zapata, en temps de guerre") et sociétaux ("Saison brune") que pour des fictions fantastiques. Ici pourtant, l’auteur lyonnais nous emmène dans les pas de Duane et Cameron, deux vieux pilleurs de tombes qui traînent de village en village sous prétexte de retrouver la mère de l’un d’eux. Un jour, leur route croise celle d’une belle et mystérieuse magicienne, Claire Woodward.
Dans "Mongo est un troll", il y a des orcs, des kobolds, des gobelins et des lutins mais les amateurs d’héroïc fantasy traditionnelle seront bien en peine d’y trouver d’avenantes guerrières court vêtues ou de valeureux héros prêts à pourfendre le dragon, épée à la main. Non, avec Squarzoni, le lecteur est plutôt plongé dans un sinistre univers où les différentes espèces s’entretuent, les pendus pourrissent sur les arbres et les héros passent leur temps à voler, boire et jurer quand ils ne se lancent pas dans de grandes envolées racistes. Une sorte de fantasy revisitée en somme alors que les dialogues usent d’un langage très contemporain et que, graphiquement, le trait anguleux de Squarzoni, ses quelques teintes ternes et ses aplats très simples sont à mille lieues de ce qu’on est habitué à lire dans le registre de l’heroic-fantasy. Une narration un peu décousue, des pistes ouvertes laissées en plan et des personnages qu’on aurait aimé connaître davantage empêchent "Mongo est un troll" d’être complètement réussi. Mais déroutant et original, ce drôle de récit sans vrai début ni fin fermée l’est sans aucun doute.

- Delcourt