MINIMAL

, par Estelle

L’indispensable recueil des mini-journaux parus dans "Fluide Glacial". Un monument de cynisme et d’humour. Jouissif.

A nous pauvres ignares analphabètes et cul-terreux, le grand Manu Larcenet se propose de nous faire découvrir la bande dessinée de qualité. Parce que la BD n’est pas une succession de dessins qui racontent une histoire. Non, il s’agit du 9e Art et qui plus est d’un art "plastico-séquentiel international à phylactères ovoïdes". Et ça, ça change tout.
Sur un ton ouvertement pontifiant et outrageusement prétentieux, Larcenet nous fait donc redécouvrir les sept numéros du mini-journal paru dans les pages de Fluide Glacial de 2003 à 2005 avec en bonus, des planches inédites de Larcenet et de sa bande (Trondheim, Binet, Ferri, Frantico, Lindingre). "Minimal" est donc un condensé de toutes sortes de styles graphiques des grosses trames colorées au griffonné noir en passant par le minimalisme des formes, bref un laboratoire des nombreuses possibilités offertes par la BD et l’humour. Et parce que l’auteur est infiniment drôle, nous, comme des idiots, on se marre. La force narrative des "Aventures de Starsky la palourde et Hutch la moule" - en 12 cases photocopiées, les deux coquillages fixés sur leur rocher nous font vivre des scènes d’action décoiffantes - est un must de parodie. On pourrait également s’attarder sur les aventures philosophiques de Placid et Lacan (le cousin de Muzo), celles d’Omar Mollah l’intégriste, le roman-photo de Sylvie la poule en peluche, ou la vie difficile de Dieu sur Terre. Tout le monde en prend pour son grade, les nazis en particulier où l’on apprend notamment qu’Hitler regrettait d’avoir annexé la Pologne.
Mais si Larcenet semble s’amuser comme un fou, il a aussi autre chose derrière la tête. En c’est justement de tête qu’il s’agit ici puisque le message est clair : on peut faire de l’excellente bande dessinée sans se prendre la tête ni celle du lecteur nous dit en substance l’auteur maintes fois primé. A ce titre, "Minimal" est ce qui manque parfois à la bande dessinée d’auteur : l’autodérision.

- Fluide Glacial