LUNE L’ENVERS

, par Estelle

Un auteur de BD chargé de dessiner "Le Nouveau Nouveau Testament" est en panne d’inspiration. Un one-shot touffu, complexe, déroutant mais envoûtant !

"C’est aujourd’hui, dans le futur, au moment où j’écris ces lignes que ça commence... ". Ne nous voilons pas la face, "Lune l’envers" est un one-shot complexe, nébuleux, passant sans arrêt d’une époque à une autre et de la réalité au fantasme. Nous suivons Lantz, dessinateur de BD qui a l’immense privilège de dessiner "Le Nouveau Nouveau Testament". Mais voilà trois ans que l’album est au point mort et son éditeur s’énerve car sur les épaules de l’artiste repose la survie de toute l’économie nationale.
"Lune l’envers" est l’album du doute et des remises en question. C’est l’heure de la réflexion sur le temps qui passe et l’angoisse du vieillissement, un des thèmes favoris de Blutch. Il traite aussi de l’aliénation qu’est le monde du travail, de l’édition de masse ainsi que de la condition même de l’artiste. Quelques thématiques parmi d’autres qui parasitent l’univers intérieur de l’artiste, forment les pièces d’un puzzle qui progressivement vont se recoller.
Blutch, l’auteur du "Petit Christian", de "Blotch" ou de "Vitesse moderne", est sans doute l’un des auteurs contemporains les plus originaux. Avec "Lune l’envers", il ne faut donc finalement pas trop se poser de questions ni chercher à tout comprendre dans le détail. Il faut simplement accepter de se laisser emporter dans cet univers surréaliste très seventies - rappelant le trait d’un Jean-Claude Forest - où certaines voitures ont des airs de troncs d’arbre et de chiens poilus, où la belle Liebling rencontre la version plus âgée de son petit-ami et où le travail consiste à mettre ses mains dans des trous sans savoir ce qu’elles fabriquent... Avec cette oeuvre aussi insolite que fascinante, le Grand Prix de la Ville d’Angoulême 2009 signe donc un one-shot complètement lunaire...

- Dargaud