LES IGNORANTS - Récit d’une initiation croisée

, par Estelle

Un vigneron et un auteur de BD se font découvrir mutuellement leurs passions. Un récit humaniste et sans sensationnalisme qui malgré quelques longueurs offre une lecture très agréable.

Prenez un auteur de BD, Etienne Davodeau en personne. Faites lui partager le quotidien d’un vigneron au cours d’une année entière de travail des vignes. Prenez ce même vigneron et faites lui découvrir l’univers de la BD. Posez tout cela sur du papier à dessin et vous obtiendrez alors "Deux ignorants".
Initiation croisée de deux métiers comme l’indique le sous-titre, "Deux ignorants" est le cru 2011 de Davodeau. Après "Rural" et "Les mauvaises gens", celui qui aime avant tout les gens et les croquer dans les situations de la vie quotidienne revient avec une sorte de BD-reportage sociologique, un épais album qui sort des sentiers battus et s’écoule lentement comme la pousse d’une vigne. Comment, pourquoi et pour qui faire des albums et du vin ? A travers leurs pérégrinations au sein des univers du vin (visite d’un tonnellerie, initiation à la biodynamie, salon des vins de Loire, etc) et de la bande dessinée (rencontre avec Emmanuel Gibrat et Emmanuel Guibert, visite chez l’imprimeur, séance de dédicaces, festival), Etienne l’auteur de BD et Richard le vigneron tentent de répondre à ces questions et se découvrent des points communs.
Cet échange de savoirs qui fournit une foule d’informations au néophyte est intéressant. A moins d’être un parfait connaisseur des deux univers, tout lecteur apprendra forcément des choses et le trait vif et réaliste de Davodeau rend la lecture agréable. On appréciera également l’absence de langue de bois du vigneron - qui n’hésite pas à trouver Lewis Trondheim ou Moebius inintéressants - venant un peu contrebalancer certaines conversations qu’on pourra trouver un poil trop nombrilistes entre les auteurs de BD. Force est de reconnaître tout de même que ce côté très didactique et aussi très linéaire (des visites ponctuées de repas autour d’un verre de vin) n’est pas exempt de quelques longueurs. Un album néanmoins original qui dans la dernière planche nous livre le résultat de ces 272 pages : un vin et un livre. Les deux sont à déguster tranquillement.