LE TROU

, par Estelle

Le nouvel occupant d’un appartement découvre un trou au beau milieu de son appartement. Et pour le lecteur un vrai trou au centre de l’album. Curieux.

Quand Øyvind Torseter, l’un des illustrateurs les plus en vue en Norvège, titre son nouvel album "Le trou", c’est qu’il y a vraiment un trou ! Un petit trou de moins d’un centimètre de diamètre qui traverse physiquement en leur milieu les 64 pages de l’ouvrage... C’est le héros de cette drôle histoire qui s’aperçoit soudain de son existence alors qu’il vient d’emménager dans son nouvel appartement. Joints par téléphone, des scientifiques lui demandent de le lui amener.
Drôle d’album troué, drôle d’histoire. Déjà auteur de "Mister Random", "Détours" et "Gravenstein", Torseter aime les oeuvres singulières laissant libre court à l’imagination du lecteur. Ici le synopsis est assez limpide, la conclusion certainement moins, le but étant d’"interpeller de manière philosophique le lecteur" explique l’artiste en faisant se nicher ce fameux trou dans toutes sortes d’endroits, du "O" de "Hôtel" à l’oeil d’un piéton en passant par le trou d’un nez ou la roue d’une voiture. Qu’est ce que ce trou ? Pourquoi a-t-il ainsi la bougeotte ? A moins que ce ne soit plutôt le monde qui s’agite autour de lui ?
Histoire de solliciter un peu plus l’imaginaire, "Le trou" est tout en sobriété, quasiment muet, dessiné à la plume et à peine rehaussé de quelques couleurs comme le jaune ou le bleu. Sur la forme de l’objet livre lui-même, outre l’existence de ce facétieux trou, on notera une couverture bien rigide, cartonnée, qui n’est pas sans rappeler le carton dans lequel le héros va transporter son "trou"... Torseter joue avec le contenu et le contenant et c’est plutôt bien vu. on espère donc pour lui que son nouvel album arrivera à faire son trou.