LE CHEMISIER

, par Estelle

Une jeune étudiante trop sage se met à repousser ses limites grâce à un simple chemisier blanc en soie. un roman graphique sur l’émancipation qui ne fonctionne qu’à moitié.

Séverine est une étudiante en lettres lambda, ni belle, ni laide, ni brillante, ni médiocre. Discrète, du genre que l’on remarque à peine. Enfermée dans une routine, y compris sentimentale, sa vie va se retrouver chamboulée lorsque le père de la petite fille qu’elle garde lui prête un chemisier blanc en soie suite à un incident.
Un simple chemisier. Certes élégant, féminin et classe mais un chemisier. Et pourtant en le portant, Séverine attire les regards masculins, prend confiance, libère ses désirs inavoués, bref prend son existence en main. Pas de surnaturel cependant ici, le chemisier n’est qu’un artefact vestimentaire qui fait prendre à l’étudiante conscience de sa féminité. Bastien Vivès ("Une sœur", le formidable "Polina") signe un portrait féminin contemporain tout en finesse - comme le trait minimaliste - et sa mise en scène est plutôt réussie avec un découpage précis et fluide, des textes économes et une attention portée aux regards. Le récit est également très sensuel et les quelques planches plus érotiques (attention album à réserver donc à un public adulte) donneront sans doute quelques accès de chaleur au lecteur. Pourtant, il manque quelque chose pour que la lecture passionne. Sans doute parce que les scènes de sexe semblent s’enchaîner comme une suite de fantasmes et que le scénario finit par faire du surplace, sans doute parce qu’on a le sentiment que la réflexion sur la libération féminine aurait pu être plus aboutie, sans doute aussi parce que les personnages secondaires n’ont vraiment pas de consistance et que tout repose sur cette jeune fille pour laquelle on n’éprouve finalement pas grand chose.

Dessin et scénario : Bastien Vivès - Editeur : Casterman - Prix : 20 euros.